Celio - Le Cælius, entre parcs et églises romanes (14/18). Les maisons romaines du clivo di Scauro.
Un puzzle bâti à interpréter
Les Maisons romaines ont été découvertes en 1887 lors de fouilles dans le sous-sol de la basilique Santi Giovanni e Paolo (Saints-Jean-et-Paul). Dans l’antiquité la zone était construite et, à la fin de la période impériale, il s'agissait d'un quartier résidentiel situé sur le versant est de la colline du Celio, entre la vaste plate-forme du temple du Divin Claude et l'extrémité du cirque Maxime. A son extrémité sud était située la Porta Capena de l’enceinte servienne et le début de la Voie Appienne. La voie antique du Clivus Scauri était une rue orientée d’ouest en est, conduisant du cirque à la Porta Celimontana. C’est toujours le cas deux mille ans plus tard, la via del Clivio di Scauro ayant conservé à la fois son tracé et son nom antiques.
Les maisons romaines du Clivus Scaurii[1] sont les traces de l’évolution de la cité dans le temps. Elles comprennent deux maisons distinctes, du IIe siècle. Une première maison (A), partiellement dégagée, comprenait une cave avec un petit bain. Cette maison était séparée d’une seconde (C) par une ruelle. Celle-ci, du début du IIIe siècle était à l’origine une insula de plusieurs étages dont la façade subsiste dans les murs des bas-côtés de l’église.
Au milieu du IIIe siècle, les deux maisons A et C ont été transformées en une domus élégante, cette dernière ayant son rez-de-chaussée abaissé de manière à augmenter la hauteur des chambres. La ruelle a été transformée en un luxueux nymphée avec des fontaines, un sol en marbre polychrome et des fresques aux murs. Les peintures murales représentent Proserpine de retour des enfers[2] , entourée de putti, à bord d'une embarcation, avec des traces d'une autre scène marine et de mosaïques sous les arcs des fenêtres. Les autres chambres du rez-de-chaussée sont également décorées de fresques.
Plus tard, entre les IIIe et IVe siècles a été créé une sorte d'oratoire qui représente des scènes à thèmes chrétiens ou décoratifs, parmi lesquels des génies ailés, des couronnes, des oiseaux. L’ensemble est complété par une confession, en bordure du Clivus Scauri avec des sujets chrétiens et des scènes de martyres : décollations des saints Crépin, Crépinien et Benoîte, de figures féminines et d'un orant en état de prière ou reconnaissance. Cet oratoire avec ses fresques de martyrs, semble avoir été une petite chapelle privée pour les habitants.
Lors des premières fouilles, au XIXe siècle, il avait été affirmé que ces bâtiments étaient l’endroit du martyre de Jean et Paul, puis un lieu public de culte chrétien à l’origine de la construction de l'église Santi Giovanni e Paolo au début du Ve siècle. Les fouilles récentes ne le confirment pas, affirmant qu’il s’agit plutôt d’une luxueuse résidence qui, dans la seconde moitié du IVe siècle, était décorée en un seul endroit de fresques contenant des thèmes explicitement chrétiens.
L'entrée actuelle se trouve à l'extrémité ouest de l'ancien portique de la maison C. A votre droite est située l’oratoire San Salvatore avec des fragments de fresques des VIIIe au XIIe siècles. En face, la première pièce, la chambre des Génies, décorée de 10 éphèbes nus, conduit au nymphée aux murs richement ornés. Le nymphée donne accès à la pièce centrale, le tablinium, décoré de fresques imitant un revêtement de marbres polychromes. C’est la découverte de cette salle et de sa décoration qui aurait incité les moines à faire peindre les murs de l’église Santi Giovanni e Paolo d’une ornementation en faux marbre en 1911. Cette pièce ouvre sur la chambre du taureau Apis reconnaissable au disque solaire qu’il porte entre les cornes, puis sur celle de l’Orante (un personnage en prière) avec une décoration de vignes et de chèvres d’inspiration chrétienne (photo). Par un escalier on accède à un sanctuaire de dévotion privé, une confessio aménagée pour le propriétaire de la maison, décorée de plusieurs scènes représentant des personnages, soldats ? martyrs ? scène de décapitation ? La salle de l’antiquarium, enfin, présente les objets trouvés lors des fouilles.
[1] Site Romanchurches. « Santi Giovanni et Paolo ».
[2] Proserpine, fille de Cérès déesse de l’agriculture, a été enlevée par Pluton, dieu des enfers. Proserpine passe alors six mois aux Enfers, le chagrin de Cérès causant la mort des plantes sur la terre (l’hiver), puis six mois avec sa mère, la joie de celle-ci redonnant vie aux cultures (l’été).