Les obélisques de Rome (6/28). 1587 – « Esquilino » (n°3)
Piazza del Esquilino (Sainte-Marie-Majeure) - Rione Monti
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Dans la nuit du 4 au 5 août 356, la Vierge serait apparue en rêve au pape Libère (352 / 366) et au riche patriarche romain Giovanni, en précisant que le lieu où devait être construite son église serait enneigé ! Or, dans la nuit, à cet endroit, en plein été, il aurait miraculeusement neigé ! Le pape décida alors de la construction de Santa Maria ad Nives (Sainte-Marie de la Neige). Plus vraisemblablement, Santa Maria Maggiore sera érigée après le concile d’Éphèse de 431, sous le pape Sixte III (432 / 440). Ce fut la première église romaine dédiée au culte de la divinité maternelle de Marie, culte décidé lors de ce concile.
Sur la piazza del Esquilino, située derrière la basilique Santa Maria Maggiore, Sixte Quint Peretti (1585 / 1590) fait ériger, par son architecte, Domenico Fontana, son second obélisque (voir photo). Comme au Vatican, le sommet de l'obélisque est décoré des armes du pape (des montagnes et une étoile à huit branches) dominées d’une croix.
L’obélisque de l’Esquilin est en granite rouge d’Assouan, il a été taillé en Égypte, à l'époque romaine à la fin du Ier siècle, vraisemblablement sous le règne de Domitien (51 / 96). Comme son jumeau édifié place du Quirinal, il ne possède pas de hiéroglyphes et ne se termine pas par un pyramidion mais par une surface plane, ce qui signifie qu’il n’a pas été taillé pour orner un temple égyptien mais bien pour décorer un édifice romain. De fait, ces deux obélisques ont été dressés sur le Campo Marzio, de part et d’autre de l'entrée du Mausolée d’Auguste, un grand tumulus circulaire qui a été construit sur le modèle du tombeau d’Alexandre le Grand. Les deux obélisques romains du mausolée d’Auguste sont ensuite tombés à terre en se brisant et, comme cette zone proche du Tibre était souvent inondée, ils ont disparu sous les couches de sédiments apportés par le fleuve. Les deux obélisques ont été redécouverts, ensevelis et brisés en plusieurs morceaux, lors du percement de la via Leonina (aujourd’hui via di Ripetta). Cette voie, réalisée en 1518 à la demande de Léon X Médicis (1513 / 1521), devait permettre de rejoindre facilement la basilique Saint-Pierre à partir de la piazza del Popolo.
Auguste a été le premier empereur à avoir fait orner Rome par des obélisques. En 10 av. J.-C., il en avait fait transporter et ériger deux, l’un servait de gnomon pour le grand cadran solaire du Champ de Mars (aujourd’hui situé piazza Montecitorio) et l’autre décorait la spina du Cirque Maxime (aujourd’hui situé piazza del Popolo).
Sixte Quint Peretti fait réparer l’obélisque et le fait ériger au bout de la strada Felice [1], dénommée selon le nom de baptême du pape (Felice), et qu'il fait ouvrir pour joindre la basilique Santa Maria Maggiore à l’église de la Trinità dei Monti. Santa Maria Maggiore est ainsi reliée par de longues lignes droites d’un côté à La Trinità dei Monti et de l’autre à San Giovanni in Laterano par la via Merulana. Ces grands axes urbains sont l’une des premières manifestations, à Rome, d’une nouvelle vision de la ville, issue de la Renaissance, dans laquelle la rue relie, selon des axes de grandes perspectives, les principaux monuments d’une ville. Dans le cas présent, cet axe associe deux basiliques et une église, objets de pèlerinages, et il est matérialisé par trois obélisques à chacun de ses points-clefs (celui de la Trinité des Monts ne sera érigé qu’en 1789).
Il faut toutefois imaginer cette grande vision de la ville dans un contexte urbain complètement différent de celui que l’on a aujourd’hui sous les yeux place de l’Esquilin ! En effet, en 1600, la basiliqueSanta Maria Maggiore est isolée au milieu des vergers, des vignes et des champs dans un tissu urbain très lâche. Les routes les plus proches, au long desquelles sont construites sans continuité des maisons, de petites églises, des couvents ou des villas, sont la via Merulana et la via Urbana, l’ancien vicus Patricius. Les autres grandes perspectives actuelles, les via Cavour, Santa Maria Maggiore et Torino, ouvertes autour de l’obélisque sont des axes récents, tracés et lotis lors l’urbanisation de la zone, entre 1880 et 1910, dans le cadre du projet Rome-Capitale. En 1600, Rome flotte dans son enceinte romaine antique comme dans des habits beaucoup trop grands pour elle, elle ne compte alors que cent mille habitants à l’intérieur d’une enceinte où la Rome d’Auguste en comptait un million.
[1] Aujourd’hui via Sistina, puis delle Quattro Fontane.