Les obélisques de Rome (23/28). 1950 – Via della Conciliazione (n°20).
Rione Borgo - Une idée farfelue !
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Quand les troupes du Roi d’Italie, Vittorio-Emanuele II, pénètrent dans Rome, le 20 septembre 1870, le pape Pie IX Feretti (1846 / 1878) quitte son palais du Quirinal (dont le personnel ferme toutes les portes et emmène les clefs !) et se réfugie au Vatican. Il refuse de reconnaître Rome comme capitale du nouvel État italien et adjure les Romains de ne pas collaborer avec son gouvernement. Celui-ci doit donc conquérir sa capitale contre le Vatican dont la puissance est illustrée par la coupole de la basilique Saint-Pierre qui domine Rome, les papes ayant défendu la construction d'édifices de plus de cinq étages pour marquer leur prééminence sur la ville. La guéguerre entre le nouvel État Italien et le Vatican se termine finalement en février 1929 avec les accords signés au palais du Latran par Mussolini, représentant l’État italien, et le secrétaire d’État du pape. Le pape admet, enfin, qu’il n’est plus une puissance séculière et que son État se limite désormais à la cité du Vatican. En échange, le catholicisme est reconnu comme religion d’État en Italie.
Du même coup, cet accord ressuscite une idée ancienne : la création d'une grande artère reliant le Vatican au centre de Rome. Le gouvernement fasciste décide alors d’ouvrir la via della Conciliazione, une voie nécessairement monumentale symbolisant la nouvelle entente entre les pouvoirs temporels et spirituels [1]. Le choix est fait de démolir tous les bâtiments situés entre les deux rues parallèles allant du château Saint-Ange à la basilique Saint-Pierre, les Borgo Vecchio et Nuovo, que les Romains appelaient « la spina di Borgo » (l'épine du Borgo, en référence au muret qui délimitait la piste au centre des cirques romains).
La démolition de la spina di Borgo est lancée symboliquement le 29 Octobre 1936 avec un coup de pioche magistral et dictatorial contre le premier bâtiment par « l’Émir à plumet », la « Ganache en Chef », le « Dindon fanatique », le « Picrochole à plumeau », ou la « Tête de Mort en houppette » [2], lequel avait enfilé pour l’occasion l'uniforme de capitaine général de la milice. Coup de pioche soigneusement relayé dans toute l’Italie par la propagande fasciste sur le thème ressassé de Mussolini participant à recréer la « grandeur de la Rome d’Auguste ». Mais cette réalisation a entraîné la disparition d’un quartier médiéval et Renaissance, la destruction de 142 immeubles, des palais Convertendi (de Bramante et Baldassare Peruzzi), Jacopo da Brescia, du Gouverneur, Alicorni, Accoramboni (de Carlo Maderno) et l'église de Saint-Jacques de Scossacavalli.
Les façades des bâtiments qui bordent cette nouvelle artère ne correspondant pas toujours à l’alignement voulu, de nouvelles façades ont été érigées en intégrant parfois des éléments des anciens palais ! A remarquer toutefois le palais Torlonia (1496 / 1504) dont l’aspect extérieur est très voisin du Palais de la Chancellerie près de la piazza dei Fiori. Le coût de l’opération devait être couvert par un partenariat public / privé (tiens, déjà !), avec une enveloppe moyenne de 50 lires d’indemnisation par personne expulsée [3]. Quant au relogement des habitants expulsés, il semble qu’étaient proposés par l’État des logements dans des zones éloignées du centre-ville, ou que ce relogement n’était tout simplement pas assuré.
Pour faire pendant à l’obélisque géant de la Place Saint-Pierre et accroître les effets de perspective, de solennité et de monumentalité, une double rangée de lampadaires en forme d’obélisque était prévue. Cette idée, assez ridicule en soi (des obélisques-lampadaires !), n’a toutefois pas eu le temps d’être réalisée par le régime fasciste du fait de la guerre, mais elle l’a malheureusement été en 1950 à l’occasion de l’Année-sainte. Vingt-huit obélisques, équipés de sièges (pour les pèlerins fatigués ?), sont des répliques en travertin de l'obélisque du Vatican, mais à taille réduite (voir photo). Ces obélisques-lampadaires ont été immédiatement rebaptisés par les Romains de « suppositoires de Mussolini » ! Et il est vrai qu’ils passent mal !
[1] Fabien Mazenod. « Rénovation urbaine de la Rome fasciste, gouvernance et enjeux patrimoniaux ». In Revue d’Économie Régionale & Urbaine. 2014.
[2] Surnoms donnés par Carlo Emilio Gadda à Mussolini dans son roman « L’affreux pastis de la rue des Merles ». 1963.
[3] Fabien Mazenod. « Patrimoine et marché immobilier : la rénovation urbaine à Rome pendant le fascisme ». Université de Lyon 3. Colloque de l'Association des Sciences Régionales De Langue Française 2013.