Monti (1). Entre Cavour et Nazionale, la Suburra (14/15). Les via Panisperna et Urbana.
Les "garçons" de la via Panisperna - Le musée de la pathologie du livre - L'église Santa Pudenziana
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Les aménagements les plus importants du quartier n’advinrent que sous Sixte Quint Felice Peretti (1585 / 1590) qui fit tracer la rue Panisperna qui traverse tout le quartier, en diagonale, de Sainte-Marie-Majeure aux marchés de Trajan. Le nom de la rue proviendrait d’une coutume des moines de l'église San Lorenzo qui, le jour de la fête du saint, le 10 août, distribuaient aux pauvres « panis » et « perna » (pain et jambon). Un colloque savant sur l’origine des noms de rue à Rome, parle plutôt d’une déformation de « vicus spernens », ou « chemin de séparation », ou « route frontière ». Après 1870, dans le cadre du projet « Rome-capitale », si le haut de la colline (le Quirinal) était promis à devenir un centre administratif avec la construction de nombreux ministères (Défense, Intérieur, Agriculture et Trésor), cette partie du rione Monti fut globalement ignoré des planificateurs et la zone devint comme un ilot urbain conservant ses caractères populaires et ses traditions.
La via Panisperna prit toutefois un aspect de centre éducatif et scientifique avec la fondation, en 1876, de l'école professionnelle féminine « Margherita di Savoia » et son annexe l’école communale. En 1902, la rue comprenait les Instituts de Chimie, de Physique et de Botanique ainsi qu’une annexe de l’école de Pharmacie. La via Panisperna connaîtra une renommée internationale avec les « Ragazzi di via Panisperna » (Les garçons de la rue Panisperna). On désigne ainsi un groupe de jeunes physiciens (Edoardo Amaldi, Oscar D'Agostino, Franco Rasetti, Emilio Segrè) qui, à l'Institut royal de physique de l'Université de Rome, alors situé rue Panisperna, a collaboré avec Enrico Fermi à la découverte, en 1934, des propriétés des neutrons lents (interaction avec les atomes d’uranium et de plutonium), découverte qui permit notamment la réalisation du premier réacteur nucléaire[1].
Après avoir été une rue tranquille d'habitation et de parking à voitures, la via Panisperna est « à la mode » avec restaurants et cafés ! Au n°207, le palais Falletti de Villafalletto, construit dans la première moitié du XVIIIe siècle pour la famille Passarini di Roffiano, comprend trois étages et une mezzanine. Dans la cour une jolie fontaine est composée de deux valves ouvertes, l’une formant vasque et l’autre adossée au mur ; elle est encadrée par deux atlantes-satyres.
Au milieu de la rue Panisperna, mais au n°76 de la via Milano, il est possible de visiter un petit musée très original, celui de l'Institut de la pathologie du livre. Fondé en 1938, cet institut interdisciplinaire a été le premier de ce genre au monde. Il a pour mission de « soigner » les livres et écrits précieux endommagés par l’humidité, les incendies, les termites ou les rats, ou les hommes ! Le musée rend compte à la fois des différentes techniques de fabrication des livres, des principales détériorations qu’ils peuvent subir, mais aussi des méthodes et outils de restauration et de conservation des écrits sur papier.
Enfin, avant d’atteindre la via Cavour, dans la via Urbana est située une des plus anciennes églises de Rome, Santa Pudenziana. La via Urbana reprend en partie le tracé du chemin antique de l’Argiletum qui partait des forums pour desservir le quartier de la Suburra puis en longeant la colline de l’Esquilin prenait le nom de « vicus patricius » pour rejoindre les thermes de Dioclétien. Sa dénomination actuelle est issue de la volonté d’Urbain VIII (1623 / 1648) à l’occasion du Jubilée de 1625. Certains prétendent que les fondations de Santa Pudenziana remonteraient au IIe siècle, étant établie dans la maison du sénateur Pudens, père de la jeune martyre honorée ici. En 384 fut construite une première église remaniée en 1588 par Francesco da Volterra. Le campanile date du XIIIe. La façade ne vous enchantera pas ; normal, elle est du XIXe ! Sainte Pudentienne (ou Pudence) et sa sœur jumelle Prassede étaient filles du sénateur Pudens, considéré comme le premier chrétien converti par saint Paul [2] à Rome. Par leur foi, leurs actes de charité aux vivants mais aussi aux chrétiens décédés, elles auraient participé à convertir de nombreux Romains. Reste une question pratique à résoudre : peut-on être la fille d'un converti par saint Paul (mort à Rome en 60 / 67) et mourir vers 160 suite aux persécutions de l’empereur Marc-Aurèle (121 / 180) ? A l’intérieur, sont à voir les mosaïques de l’abside qui datent de la fin du IVe siècle, restaurées au XVIe siècle, et qui comptent parmi les plus anciennes mosaïques chrétiennes de Rome. Prassede, sa sœur, est également honorée à Rome, non loin de Sainte-Marie-Majeure dans une remarquable petite église (Santa Prassede) comportant de magnifiques mosaïques.
[1] Visites apparemment possibles : https://museum.cref.it/open-day/
[2] Ou saint Pierre, selon les sources !