Parione - Entre Campo dei Fiori et place Navone (6/26). Le palais de la Chancellerie.
Une architecture novatrice - Une citadelle bien protégée
Le palais de la Chancellerie est, à Rome, un des rares exemples de palais de la première Renaissance. Le cardinal Raffaele Riario, petit neveu du pape Sixte IV della Rovere (1471 / 1484), aurait fait débuter la construction grâce aux 70 000 ducats gagnés aux dés contre Franceschetto Cybo, fils du futur pape Innocent VIII Tomasello (1484 / 1492). Juste retour des choses, il fut la victime d’une des plus célèbres escroqueries de vente d’œuvres d’art. Le GRAND Michel-Ange, aurait sculpté une statue représentant Cupidon endormi qu’il aurait enterrée dans son jardin à Florence pour échapper à la terreur religieuse et sectaire du prêtre Savonarole. Lors de son installation à Rome, constatant que cela avait donné une patine ancienne à la statue, Michel-Ange l’aurait vendue au cardinal comme un véritable Antique.
Commencé en 1483 et achevé en 1511 (photo), quelques références d’architecture permettent des comparaisons : à Florence, le palais Rucellai est de 1455 et le palais Strozzi de 1489 ; à Rome, le palais Farnèse est de 1513 et l’aile de Bramante du palais du Vatican de 1514 ; enfin les châteaux d’Azay-le-Rideaux de 1518 et de Chambord de 1519. L'architecte du palais pourrait être Andrea Bregno ou Bramante, mais on évoque plutôt Bacchio Pontelli (1450 / 1492). La façade principale s'inspire du palais Rucellai de Florence : une rigoureuse symétrie marquant le retour à l’inspiration antique, rythmée par ses trois niveaux séparés par des entablements, et par la séparation verticale introduite par les pilastres. Toutefois, en regard du palais Rucellai, le rez-de-chaussée, ne présente pas de pilastres et, dans les étages, deux pilastres séparent chaque fenêtre. Le rapport des espaces entre les pilastres est celui du nombre d'or. Les fenêtres en plein cintre s'encadrent dans des rectangles à fronton. Les proportions des fenêtres, de leurs frontons et l'encadrement des pilastres, sont également régies par le nombre d’or. Le bossage lisse du rez-de-chaussée, les entablements moins marqués, les fins pilastres des étages, donnent à l’ensemble un aspect plus léger, plus lisse et moins massif qu’au palais Rucellai.
Le portail principal est de Domenico Fontana (XVIe siècle). La cour intérieure serait de Bramante, inspirée de l’architecture florentine avec deux séries d’arcades superposées, d’ordre toscan, mais le dernier étage est clos et agrémenté de pilastres. Il serait copié du Colisée, et inaugurerait une tradition typiquement romaine. Pour construire le palais, il fut largement fait appel aux carrières locales de marbre, à savoir le Colisée et le théâtre de Pompée ! Pourquoi aller chercher plus loin des matériaux que l’on avait à proximité ? Comme les palais florentins, le palais de la Chancellerie reste une citadelle, peu ouverte sur l’extérieur, difficile d’accès, bien protégée. C’est que les rues des villes n’étaient pas très sûres à l’époque. Ce n’est que vers 1650 que la police papale assurera une sécurité relative à Rome.
« Le palais de la Chancellerie est triste, tant au-dehors qu’au-dedans, les appartements m’ont paru sombres. L’intérieur de la cour est orné d’une belle colonnade antique et de belles statues » [1].
A droite, un portail dans le palais donne accès à la basilique mineure San Lorenzo in Damaso. L'église aurait été fondée dans la maison du pape saint Damase Ier (366 / 383), par le pape lui-même. Démolie lors de la construction du palais, elle a été reconstruite en 1503, peut-être sur un projet de Bramante. De 1638 à 1640, la basilique a été profondément remaniée et décorée sous la conduite de Gian Lorenzo Bernini, mais les restaurations ultérieures (XIXe et XXe siècles) en ont effacé toutes traces à l’exception, dans le narthex, à droite, du mémorial d'Alessandro Valtrini. A noter, dans la première nef à gauche, la statue de saint Charles Borromée de Stefano Maderno et sur l'autel la Sanctification et Couronnement de Marie par Federico Zuccari. Des boutiques étaient louées au rez-de-chaussée du bâtiment jusqu’au début du XXIe siècle avec des boutiques de prêt-à-porter de luxe dans cette enclave de la diplomatie vaticane ; elles ont disparu après la dernière rénovation du bâtiment.
A la gauche du palais de la Chancellerie, dans la via del Pellegrino, au n°19, s’ouvre une petite cour charmante, la cour de l’arco degli Acetari ; au n°53 une fastueuse madonelle en stuc du XVIIIe siècle est placée à l’angle de la maison, avec une Vierge tenant l’enfant jésus bénissant ; enfin, au n°58, la maison du XVe siècle a hébergé Vanossa Cattanei, amante de Rodrigo Borgia, pape sous le nom d’Alexandre VI, maison où serait né leur fils César.
[1] Charles De Brosses. « Lettres d’Italie ». 1740.