Sallustiano - Un quartier d'administrations (6/12). Les jardins de la villa de Salluste.
Une zone de jardins luxueux aux temps des Romains puis de la papauté
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Dans l'antiquité les jardins de Salluste occupaient une vaste zone intramuros, entre les collines du Pincio et du Quirinal (rioni de Ludovisi et Sallustiano). Gaïus Sallustius Crispus (86 av-J.C / 34 av-J.C), militaire, Sénateur de la République, ami de César, pas nécessairement heureux sur les champs de bataille, est élu Préteur en – 47 et accompagne César en Afrique où il devient gouverneur de la nouvelle province de Numidie en – 46 / - 45. Après l'assassinat de César (mars 44 av.J-C), Salluste comprend que sa carrière politique se termine, se retire de la vie publique et profite de sa fortune acquise (frauduleusement !) au cours de son gouvernement provincial en Afrique. Il est connu comme l’historien de la conjuration de Catilina et de la guerre contre le roi numide Jugurtha[1]. Les jardins de Salluste auraient été parmi les plus grands et les plus riches du monde romain, comparables à ceux de Lucullus sur la colline du Pincio. Ils échurent ensuite aux empereurs Auguste, puis Vespasien, Nerva, Hadrien, et enfin Aurélien avant de passer dans le domaine impérial sous Tibère.
Vers 1630, les Barberini achetèrent des potagers et des vignes situés le long de la strada Pia où ils érigèrent un Casino à partir d’un bâtiment médiéval construit sur les ruines des arcades du mur Servien et de la villa de Salluste. En 1864, l'antiquaire allemand Joseph Spithöver a fait rénover le Casino ajoutant, en façade, un portique à arcades. En 1873, la zone devint constructible, le Casino a été rasé, la vallée remplie de terre et les vestiges romains enterrés. Au centre de la piazza Sallustio, à une profondeur de 14 mètres, les vestiges de la villa de Salluste, refaite en grande partie sous Hadrien et restaurée par Aurélien, ont été dégagés (photo). Le pavillon de la villa, achevé sous Hadrien, était comparé pour sa beauté au Canope de la villa Adriana à Tivoli. Endommagée lors du sac de Rome par les Wisigoths d'Alaric en 410, il demeure des éléments d’une pièce circulaire à coupole en coquille (aula adrianea), d’un vestibule et de chambres avec des traces de peintures et des pavements de mosaïque noire et blanche. Le bâtiment est aujourd'hui utilisé pour l'accueil d'évènements, il serait question de l'ouvrir au public...
Derrière les vestiges de la villa de Salluste, on aperçoit un bâtiment néogothique situé via Salina, la villa Maccari, un palais néo-gothique construit en 1902 pour Cesare Maccari, un peintre célèbre qui a notamment décoré les palais du Sénat et de Justice à Rome.
Sur l’emplacement occidental des jardins de Salluste, le cardinal Ludovico Ludovisi fit construire, dans les années 1620, une villa dont les plans seront dessinés par Carlo Maderno ou le Dominiquin. Au XVIIe siècle, des sculptures furent retrouvées dans le jardin qui permirent aux Ludovisi de se constituer une collection d’antiques (Le Gaulois mourant, Le Gaulois et sa femme, une copie d'une œuvre hellénistique[2]), ainsi que l’obélisque de la Trinità dei Monti en 1789. En 1872, la propriété passe ensuite aux Boncompagni-Ludovisi qui la loue au roi Victor Emmanuel II comme résidence sa maîtresse. En 1883, suite à des difficultés financières les Boncompagni-Ludovisi vendent la villa et les 4/5 du parc (25 ha) à une société immobilière qui trace de grandes avenues et lotit les terrains. La Villa Ludovisi est détruite, seul est conservé le Casino dell'Aurora (rione Ludovisi, via Aurora) nommé ainsi d'après la fresque du Guerchin qui décore l'édifice. Le casino comporte également une fresque du Caravage, la seule connue de cet artiste, ainsi qu’une chambre dite « des paysages » qui aurait servi de concours entre quatre peintres pour la fresque de l’Aurore, Le Guerchin, Bril, Viola et le Dominicain avec, au centre du plafond, une danse de putti.
« Ce matin, nous avons revu la villa Ludovisi ; nous sommes plus charmés que jamais des fresques du Guerchin ; c’est une passion subite qui, chez une de nos amies, va jusqu’à l’exaltation. C’est un peu ce qu’en amour on appelle le coup de foudre » [3].
Modifié et complété 2026
[1] Salluste affirme que « la paix est l’intervalle de temps entre deux guerres » ! Définition qui se retrouve dans le Grand Larousse : « État d’un pays qui n’est pas en guerre » ! On ne sait donc définir la paix que par la négation d’une situation que l’on sait, elle, définir et qui apparaît « normale », la guerre ! C’est très inquiétant et révélateur.
[2] L'État a acquis une grande partie des antiques des Ludovisi présentée dans le palais Altemps.
Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829