Rome, étrange et curieuse (38/45). Rione Testaccio XX (1) – Une pyramide romaine – Via Raffaele Persichetti.
Quand, chez les Romains, la mode était à l’antiquité égyptienne !
C’est à côté de la porte San Paolo que se trouve « LA » pyramide de Rome, en fait le monument funéraire de Caïus Cestius (photo 2009). Il était préteur, tribun du peuple et « Septemvir epulonum », c'est-à-dire membre d'un collège de prêtres qui organisait les festins dans le cadre du culte. La pyramide a été construite en 12 av J.C, dans une période où l’Égypte était « très mode » à Rome avec érection d’obélisques et de sphinx, par suite de sa conquête en 30 av J.C. Le frère de Caïus Cestius était un édile de Rome qui a fait relier l'île Tiberine à la rive droite du fleuve par un pont qui porte toujours son nom, le « Ponte Cestio ».
La pyramide, 36,4 mètres de haut pour une base de 29,5 mètres de côté, contient une salle mortuaire de 4 mètres sur 6 avec une voûte en berceau décorée de fresques de figures féminines et de peintures ornementales[1]. Au moyen-âge, les pilleurs y creusèrent des galeries pour chercher des trésors et, par la suite, les visiteurs apposèrent leurs graffitis en signe de leur passage. La Pyramide de Cestius a été restaurée par Alexandre VII Chigi (1655 / 1667), entre 1656 et 1665, comme en témoigne l'inscription sur sa face ouest. A cette occasion, une entrée a probablement été ouverte de ce côté pour accéder à la chambre funéraire.
« Nous nous faisions une fête d’examiner ces fameuses petites peintures antiques du salon, connues sous le nom de figurine de Cestius. Mais, ma foi ! tout est effacé, on n’y discerne presque plus rien ; vous aurez plus de satisfaction à les voir dans les estampes qui ont été gravées avant que l’humidité du lieu, l’air extérieur qui s’y est introduit, la fumée des torches et autres accidents eussent achevé d’altérer l’ouvrage » [2].
Un riche homme d’affaire d’Osaka a financé la restauration de la pyramide, pour 2 millions d’euros en 2015, ce qui a permis de retrouver la « blancheur Persil » du marbre de Carrare [3].
La construction de monuments funéraires en forme de pyramide était « très tendance » dans l’élite romaine sous le règne d’Auguste. Une autre pyramide, similaire à celle de Cestius, était connue au Moyen-âge sous le nom de Meta Romuli car, selon la légende, elle aurait abrité les restes des fondateurs de Rome, Romulus et Rémus. Selon les récits du XVe siècle, la Meta Romuli, d’une hauteur de 32 à 50 mètres pour une base d’environ 25 mètres de côté, possédait une chambre funéraire de 7m de côté et 10 de hauteur. Le pape Alexandre VI Borgia (1492 / 1503) ordonna sa démolition en 1498 pour permettre l'ouverture de la nouvelle via Alessandrina (plus tard, Borgo Nuovo) reliant le Vatican au pont Sant’Angelo. En 1948 / 1949, lors des travaux de construction de la voirie, côté nord de la via della Conciliazione, les bases de la pyramide ont pu être identifiées. Enfin, sous les églises jumelles de la piazza del Popolo, ont été repérés lors de restaurations récentes, les restes de deux monuments funéraires antiques de forme similaire à la pyramide de Caius Cestius. Ces deux sépulcres dateraient également de l'époque d’Auguste et auraient été positionnés à l’entrée du Campo Marzio, avec la même fonction monumentale que celle des églises jumelles[4].
[1] Il resterait néanmoins quelques fresques intéressantes. La pyramide peut se visiter, sur réservation : www.soprintendenzaspecialeroma.it.
[2] Président de Brosses. « Lettres d’Italie ». 1740.
[3] La Repubblica. « Restyling da 2 milioni, la Piramide Cestia torna bianca come due mila anni fa ». 20/04/2015.