Des revenus faibles mais un taux d'alphabétisation remarquable - Un avenir conditionné par l'arrêt de la guerre

 

Sri Lanka Plaine de Matale

« Les gens de cette île ont langage à eux, et ont un roi particulier qui est appelé Sendernam ; ils sont idolâtres et ne payent tribut à personne. Ils vont tout nu, hommes et femmes, fors qu’ils couvrent leurs parties naturelles avec une pièce de tissu. Ils n’ont grains, fors que riz, et ont la graine de sésame de quoi ils font l’huile. Ils vivent de lait, de chair, et de riz. Ils ont vin des arbres dont je vous ai parlé ci-dessus. Ils ont brésil en grande abondance, et le meilleur du monde »[1].

La population de l’île est, en 2 000, de plus de 19 millions d’habitants. Les principales agglomérations sont Colombo, la capitale, Dehiwala - Mount Lavinia ainsi que Moratuwa sur la côte ouest, et Jaffna au Nord.

Les productions agricoles de thé, de riz, de noix de coco, de poivre, de canne à sucre et de caoutchouc sont largement exportées mais elles ne représentent plus que le quart des exportations de l’île, les trois quarts des exportations étant désormais constitués de produits transformés dont les textiles et le matériel électronique. Les relations commerciales sont essentiellement réalisées avec les Etats-Unis, le Japon, le Royaume Uni, l’Inde… la France arrive au 25e rang, très loin derrière la Belgique ! Le revenu moyen par habitant reste faible et l’apport journalier moyen en calories par habitant est égal au niveau minimal recommandé par la FAO. Certains indicateurs économiques et sociaux sont inquiétants : un taux de suicide très élevé (29/100.000, le plus élevé d’Asie), un taux de décès par actes de violence et empoisonnements qui sont la seconde cause des décès ! D’autres indicateurs sont encourageants : la proportion de la population alphabétisée est de près de 90%, le nombre moyen d’enfants par enseignant est de 12 dans le primaire et de 20 dans le secondaire. Les investissements étrangers augmentent, la croissance de la production est de 3 à 5% par an même si, avec la crise de l’économie des pays du Sud-est asiatique à la fin des années 90, la situation s’est détériorée. Mais pour que le développement économique redémarre et puisse se poursuive encore faudrait-il que la situation politique au Nord Sri Lanka évolue, car le pays consacre une partie importante de son Produit Intérieur Brut aux dépenses militaires (5% environ, mais selon les estimations, de 20 à 45 % du budget) notamment en entretenant une armée de 126 000 militaires[2].

Après notre retour, la situation entre Cinghalais et Tamouls ne s’est pas véritablement améliorée. Un nouvel attentat a visé le Premier ministre faisant plusieurs morts, un leader tamoul a été assassiné, une grande rafle a été déclenchée parmi la communauté tamoule de la capitale le 7 janvier, et un couvre-feu imposé sur la région de Colombo. Plus de 7 000 personnes ont été interpellées.

Cette détérioration de la situation apparait liée aux résultats des élections présidentielles du 21 décembre dernier. Si Mme Chandrika Kumaratunga a été réélue, elle l’a été avec un score beaucoup plus faible qu’en 1994, suite notamment à la défection de la communauté tamoule… alors même que les structures d’Etat et la télévision sont manifestement et massivement intervenues dans la campagne électorale en faveur de la présidente sortante. Le candidat du Parti National Unifié, Ranil Wikramasinghe, avait lui promis la fin de la guerre avec l’ouverture de pourparlers inconditionnels et la possibilité d'une partition du territoire.

Si dans un premier temps, au lendemain des résultats des élections, la nouvelle Présidente semblait tendre la main au Parti National Unifié, la situation change avec une intensification des opérations tant du côté de l’armée que du LTTE. L’armée ne semble toujours pas réussir à contrôler le Nord et la péninsule de Jaffna et le LTTE développe une politique d’attentats suicides. En fait, la Présidente a peut-être besoin de la guerre pour asseoir sa courte victoire, l’armée et la bourgeoisie profitant de leur côté de la guerre, quant au LTTE il est enfermé dans une politique de terreur. Mais alors quel développement et quel avenir pour le Sri Lanka ?

Sri Lanka / Montpellier. Décembre 1999 / février 2000.


[1] Marco Polo. « Le devisement du monde – le livre des merveilles ». 1298.