Des gratte-ciels qui poussent comme champignons sous la rosée

 

Chine Shanghaï Huangpu 5 rivière Huangpu et Pudong

Les photographies et les guides touristiques de Shanghai vieillissent mal ! 

Dans un guide touristique de 2008, la ligne d’horizon (skyline) de la zone financière et commerciale de Lujiazui (quartier de Pudong) est encore dominée par l’étrange tour-bilboquet de la télévision, « La Perle de l'Orient », une tour construite en 1995, de 468 mètres (avec l’antenne), la grosse sphère supérieure étant située à 350 mètres (Jia Huan Cheng, architecte). Mais la tour Jin Mao vient déjà lui faire concurrence ; construite en 1996 (Adrian Smith, architecte), elle mesure 420 mètres et comprend 88 étages qui montent bien plus hauts que la grosse sphère supérieure de la tour de télévision. Bref, à toutes les deux, elles écrasaient les petits buildings construits à leur pied, de très modestes immeubles de deux cent à deux cent cinquante mètres [1].

Tout cela, c’était il y a dix ans, autant dire à la préhistoire. Depuis, dans Lujiazui, le Shanghai World Financial Center (surnommé « le décapsuleur » du fait de sa passerelle supérieure), construit en 2008 (William Pedersen, architecte), atteint 492 mètres et 101 étages ; la tour Shanghai inaugurée en 2015, une tour spectaculaire en spirale (Tongji Architectural Design, architecte), est le second plus haut gratte-ciel du monde avec 632 mètres et 127 étages. Une dizaine d’autres tours de 200 à 300 mètres sont construites dans les différents quartiers de Shanghai. 

Le secteur de Lujiazui forme une péninsule dans la courbe de la rivière Huangpu qui coule vers le Nord puis vers l'Est. En face, c’est l’endroit où la rivière Suzhou rejoint la rivière Huangpu, mais c’est aussi le lieu où avait été édifié le « Bund », la célèbre avenue de la concession internationale de Shanghai. Les somptueux et prétentieux édifices construits sur le Bund au début du XXsiècle par les banques, sociétés d’assurances et compagnies coloniales, imitent à peu près tous les anciens styles européens : néo-roman, néo-gothique, néo-renaissance, néo-baroque et néo-classique auxquels on peut ajouter un style original, l’Art-déco. 

Malgré leur hauteur qui, à l’époque, était censée impressionner l’élite chinoise, ils font aujourd’hui pâle figure face aux buildings chinois de la zone financière de Lujiazui chargés désormais d’impressionner les étrangers ! Cette confrontation illustre éloquemment les changements survenus dans la répartition géographique des puissances économiques. Lujiazui est désormais la plus grande zone financière de la Chine, avec plus de quatre cent banques et institutions financières nationales et étrangères. En outre, elle abrite le siège de plus de 70 géants internationaux et environ 5 000 entreprises spécialisées dans le commerce, les investissements et les services intermédiaires. La somme des transactions effectuées sur le marché boursier de Shanghai le classe au second rang mondial derrière le New York Stock Exchange.

La zone de Lujiazui était une zone agricole. Avec l’arrivée du commerce étranger en 1845, les choses changent ; d’un côté de la rivière s’élèvent les sièges des banques et compagnies de commerce occidentales, de l’autre se construisent quais, chantiers navals, entrepôts et usines. D’un côté l’argent, la bourgeoisie, de l’autre, le travail, le prolétariat. Nouveau bouleversement en 1990, le gouvernement chinois décide d'ouvrir une zone économique spéciale dans le district de Pudong [2], le quartier en déshérence est rasé, les personnes déplacées. En l'espace de 20 ans, plus de 9 000 sociétés chinoises et étrangères s'établissent dans le quartier et plus de 1,5 million de Chinois viennent alors habiter à Pudong. Trois ponts et sept tunnels sont construits pour relier Pudong à Shanghai. Par ailleurs, trois périphériques, 17 lignes de métro avec 600 kilomètres, 400 stations et 10 millions de passagers/jour [3] permettent d’assurer les déplacements dans la conurbation de Shanghai (26 millions d’habitants).


[1] La tour Montparnasse, le plus haut gratte-ciel de Paris intra-muros, mesure 209 m.

[2] Lujiazui est un des quatre pôles planifiés dans la nouvelle zone de Pudong. Les trois autres pôles sont : - Jinqiao qui se situe à l’est de Lujiazui et est une zone industrielle nouvelle spécialisée dans les industries d’exportation - Waigaoqiao est destinée à devenir le plus grand port chinois et la plus grande zone de libre-échange - Zhangjian est la « Silicon Valley » de la Chine, dans les domaines de la micro-électronique, des télécommunications, de l’ingénierie biologique et des nouveaux matériaux. In Huhua Cao, Ying Zhao, et Sylvain Losier. « Le projet urbain de Pudong à Shanghai offre-t-il un développement durable pour la globalisation de la chine ? ». Les annales de la recherche urbaine. N°86. 2000.

[3] A Paris : 220 km, 302 stations et 5 millions de passagers/jour pour 12 millions d’habitants de l’aire urbaine.

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