Un bâtiment hospitalier toujours utilisé depuis cinq siècles

 

Rome Borgo Ospedale San Spirito

Le roi des Saxons, Ina, construisit au VIIIe siècle la « schola Saxorum », un établissement accueillant les pèlerins saxons sur la tombe de Saint-Pierre. L’établissement fut complété au XIIe siècle d’une nouvelle église, « Sassia dalla schola ». Le sac de Rome, en 1527, endommagea l'église qui fut reconstruite (1545) par Antonio da Sangallo le Jeune ou par Baldassarre Peruzzi. La façade est très sobre, découpée en deux niveaux horizontaux avec des pilastres à chapiteaux corinthiens divisant le niveau inférieur en cinq parties et le niveau supérieur en trois. Une grande fenêtre circulaire s'ouvre au centre du second niveau et des niches sont disposées entre les différents pilastres.

L'intérieur de l’église est constitué d'une simple travée centrale entourée par dix chapelles. Un clocher élégant est juxtaposé à l’arrière de la nef. Il a été achevé en 1477 sur un projet de Baccio Pontelli. C’est une tour de briques, carrée, comprenant quatre niveaux de fenêtres, couplées deux par deux. Chaque fenêtre, surmontée d’un arc en plein cintre, est composée d’une double ouverture avec une colonnette centrale de marbre blanc à chapiteau ionique.

« L'Ospedale di Santo Spirito » a été fondé à l'endroit de l'antique schola Saxorum. Suite à des incendies et des pillages, le Papa Innocent III Conti (1198 / 1216) confia l’institution à l’ordre des Hospitaliers du Saint-Esprit, fondé par Guy de Montpellier, avec pour objectifs l'assistance des infirmes, des pauvres et des enfants abandonnés. En 1470, suite à un nouvel incendie, Sixte IV Della Rovere décide de construire un nouveau complexe achevé en 1478. L’architecte réalise une salle rectangulaire très longue (120 m de long sur 12 m de large), laCorsia Sistina, avec en son centre une salle accueillant un autel attribué à Palladio et couverte d’une lanterne octogonale. Cette disposition permettait aux malades, alités dans chacune des deux salles, de suivre aisément la messe.

Des agrandissements successifs de l’hôpital ont été réalisés sous la forme de bâtiments entourant trois cours carrées à arcades. La plus importante est celle du Palais du Commandeur avec une superposition de loggias d’ordre dorique et ionique et, dans l’axe central, une grande horloge « à la romaine ». Le cadran de cette horloge ne comporte que six chiffres romains et une seule aiguille, avec un découpage du temps en quart de journée… Après tout on ne regarde les horloges qu’en matinée et en après-midi et cela limite les sonneries à 6 coups ! Le cadran est entouré d’une sculpture en forme de serpent qui se mord la queue, symbole du cycle éternel de la nature, et l’aiguille est en forme de salamandre, symbole de la mort et de la renaissance.

Si la Corsia Sistina, la salle rectangulaire de 1478, sert aujourd’hui à des expositions et des manifestations, le reste des bâtiments a toujours une fonction hospitalière et les espaces entre les bâtiments anciens se sont complétés progressivement de constructions plus récentes pour s’adapter aux exigences techniques et sanitaires de l’activité médicale. L’ensemble ressemble désormais à un vaste puzzle qui ne doit pas faciliter l’organisation des soins.

Via Borgo San Spirito, à gauche du portail de la salle octogonale de la Corsia Sistina, il est encore possible de voir une roue, ou tour d’abandon. C’est un cylindre en bois, pivotant, ouvert d’un côté, dans lequel on déposait le bébé que les parents souhaitaient abandonner. En tournant le cylindre, l’enfant se retrouvait dans l’hôpital. Une sonnette permettait d’alerter les sœurs chargées de s’occuper des enfants abandonnés. Le tourniquet est précédé d’une grille dont la dimension des ouvertures  est calculée pour permettre de déposer uniquement des nourrissons.

 

Rome, Montpellier, Senlis, 2002 / 2015

Liste des promenades dans Rome et liste des promenades dans le rione de Borgo

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