La Porta Pia de Michel-Ange - Attentat anarchiste à la Porta Pia

 

Rome Sallustiano Porta Pia

La Porta Pia est située à l’emplacement de l’une des portes du mur d’Aurélien construit à la fin du IIIe siècle : la porte Nomentana. Pie IV Medici (1559 / 1565) demanda à Michel-Ange de la reconstruire afin de l’améliorer et l’enjoliver.

La porte est composée de deux portes successives enserrant une cour intérieure servant de sas entre la ville et l’extérieur. La façade extérieure est en alignement avec l’enceinte, la partie intérieure s’avance à l’intérieur de la ville, dans la Via XX settembre.

Sur la façade intérieure, intramuros, Michel-Ange a conçu un monument à deux niveaux. Le premier avec, au centre, une porte massive en travertin, encadrée par deux murs de briques décorés chacun d’une fenêtre surmontée d’un cartouche puis d’un médaillon également en travertin jouant ainsi de l’opposition de couleurs. Le second niveau est un mur droit, étroit, de brique, surmontant la partie centrale du niveau bas, encadré de doubles pilastres et surmonté d’un fronton curviligne brisé.

Les motifs de décoration sont très particuliers et, par leur exubérance et par leur complexité, ils annoncent le style baroque : le fronton qui surplombe la porte est triangulaire mais contient un fronton curviligne brisé dont les extrémités arrondies sont reliées par une guirlande de feuilles de laurier ; les frontons triangulaires des fenêtres latérales emprisonnent une conque et reposent sur des consoles en forte saillie ; les créneaux aux bords convexes sont couronnés d’une boule ; les cartouches sont surmontés d’un fronton curviligne sur lequel reposent des volutes ; les médaillons enfin, circulaires, sont encadrés d’une corniche aux extrémités pendantes. L’ensemble mélange donc constamment, lignes droites, courbes et brisées, saillies différentes des ornementations, afin de rendre l’ensemble de la façade plus dynamique… alors même que, selon Giorgio Vasari, Michel-Ange aurait présenté au pape trois projets et que celui-ci aurait retenu le plus simple par souci d’économie. Les Romains, jamais à court d’une plaisanterie, suggèrent malicieusement que la forme très particulière des cartouches supérieurs représente un plat à barbe entouré d’une serviette ! Michel-Ange aurait ainsi voulu rappeler au pape ses origines, lesquelles n’étaient pas de la famille des Médicis de Florence mais d’une famille milanaise de barbiers. La façade extérieure, extra-muros, a été achevée en 1869 sur des plans néo-classiques mais qui auraient été inspirés d’une gravure de 1568 des plans originaux de Michel-Ange. La porte, en alignement avec le mur d’enceinte, est encadrée deux statues placées dans des niches, Sainte-Agnès et Saint-Alexandre, chacune des trois partie étant séparée par des colonnes.

La Porta Pia, outre la canonnade de 1870, a connu un autre évènement historique ! Le 11 septembre 1926, un anarchiste italien, Gino Lucetti, lançait une grenade sur l'automobile du Duce. Il avait soigneusement étudié l’itinéraire suivi par Mussolini qui résidait depuis un an dans la luxueuse villa Torlonia, via Nomentana dans le prolongement de la Via XX settembre. La bombe rebondissait sur la carrosserie et explosait au sol en blessant six personnes mais n’occasionnait que des dégâts légers sur l’automobile du Duce. Le lanceur de la bombe était arrêté lors de sa fuite et il aurait déclaré au commissariat :

« Je ne suis pas venu avec un bouquet de fleurs pour Mussolini. J'avais l'intention de me servir du révolver si je n'avais pas obtenu le résultat souhaité avec la bombe ».

L’auteur (on dirait certainement aujourd’hui « un terroriste » !), se revendiquait « anarchiste individualiste », venu directement de France pour commettre l’attentat, ce qui n’empêchait pas la police de déclencher une rafle, d’arrêter des membres de sa famille et plusieurs autres de ses compagnons. Sans compter que l’attentat donna l’occasion au Duce, à la « Tête de Mort en chapeau melon, puis Emir en fez, ensuite à plumet »[1], de faire de virulents discours contre la France qui hébergeait des terroristes italiens. Gino Lucetti fut condamné aux travaux forcés. Libéré par les alliés en 1943, il devait mourir quelques temps plus tard dans un bombardement aérien.

 

Montpellier / Senlis, février 2013 / avril 2017


[1] Termes utilisés par Carlo Emilio Gadda dans le roman « L'Affreux pastis de la rue des Merles ». 1963.

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