La plus belle montagne de Chine – D’autres règles de représentation des paysages

 

Chine Anhui Huangshan Montagne jaune

Le mont Huangshan est situé dans le Sud de la province de l'Anhui, il s’étend sur une longueur de 40 km du Sud au Nord et une largeur de 30 km d'Est en Ouest avec de nombreux sommets de plus de 1 800 m. Il est généralement décrit comme « la plus belle montagne de Chine », beauté qui repose sur des pics granitiques aigus, découpés, aux profils parfois étranges, sur lesquels s’accrochent des pins aux formes tourmentées. La région est humide, avec de très fréquentes nappes de brouillard qui masquent les sommets ou les vallées. Le Mont Huangshan se visite en toutes saisons, au printemps à l’occasion du renouvellement de la nature, en été pour sa fraîcheur, en automne pour ses couleurs multicolores et en hiver pour sa couverture neigeuse. En conséquence, le Mont Huangshan est visité par près de trois millions de visiteurs par an, chiffre qui augmente de près de 10% chaque année. Les visiteurs chinois sont capables de faire plusieurs heures de queue pour prendre le téléphérique qui conduit aux sommets. 

De multiples chemins, souvent étroits et en escaliers abrupts, permettent d’atteindre des sites réputés comme le Rayon céleste, la Crête d'oie blanche, la Vallée des nuages, les Sources chaudes, la Vallée des pins, la Mer du nord ou le Paravent de jade. Ce sont aussi certains arbres que l’on vient voir ; le plus connu est le « pin de la Bienvenue », un pin millénaire aux formes bizarres à qui il est  accordé des vertus humaines. L'ex-premier ministre Zhou Enlai aurait même déclaré qu'il était le premier de tous les arbres de Chine ! [1].

Si le Mont Huangshan est si recherché et apprécié par le public chinois c’est qu’il est un des hauts-lieux de sa culture ayant joué un rôle important dans la religion, la littérature et la peinture [2]. Autrefois dénommée Yishan, la montagne a été appelée Huangshan (montagne jaune) par décret impérial de l'empereur Xuanzong de la dynastie des Tang, en l’an 747, suite à une légende selon laquelle le premier empereur, Qin Shi Huang, l'Empereur jaune (IIIsiècle avant J.C), y aurait trouvé le « tao » (la voie [3]) et par là l’immortalité. Par la suite, le bouddhisme a investi les lieux y construisant une centaine de temples au cours des Dynasties du Sud (420 / 589).Pendant la dynastie Yuan (1279 / 1368), le Mont Huangshan devint un pôle d’attraction pour les ermites et 64 temples ont encore été érigés sur la montagne. Enfin, à l’époque des Ming, au XVIsiècle, ce paysage aux formes monstrueuses et ses vieux arbres au tronc noueux ont inspiré la très influente école de peinture de paysages Shanshui (Eau et montagne) définissant, en Orient, un type de représentation du paysage [4]. On dit aussi que, depuis la dynastie des Tang (618 / 907) jusqu'aux dernières années des Qing (1644 / 1911), des centaines de proses et plus de 20 000 poèmes ont été écrits sur le mont Huangshan. 

En 1990, le Mont Huangshan a été inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco et, en 2004, Huangshan est devenu un géo-parc international.

La visite du mont Huangshan peut être utilement complétée par celle d’un atelier d’artiste-peintre ce qui permet d’approcher les règles de la représentation des paysages en Orient, lesquelles reposent sur d’autres canons esthétiques qu’en Occident. L’objectif de la peinture de paysage est de saisir celui-ci en tant qu’être changeant, elle doit essayer de représenter les évolutions, les transformations du paysage. La « vérité » du paysage ne réside pas dans la reproduction exacte de ses formes et de ses couleurs, aussi l’artiste peut-il peindre le Huangshan dans son atelier sans avoir l’original sous les yeux ; ce qui importe c’est qu’il ait pu comprendre et assimiler « l’essence » de ce paysage pour en restituer la vérité changeante et intemporelle. Pour cela, l’artiste doit donc se confronter pendant plusieurs années au mont Huangshan, s’en imprégner, pour pouvoir le restituer dans des formes qui sont le produit de son imagination. L’autre intérêt d’observer l’artiste au travail, c’est de constater l’importance des parties « vides » dans l’élaboration du tableau lui-même ; elles ne sont pas un rien, une absence, mais un contrepoint dynamique à l’élaboration d’ensemble de la représentation [5].


[1] Beijng Information. « Les Monts Huangshan ». La Chine au présent. Sd.

[2] Yuejiao Wang. « La mise en tourisme de la montagne en Chine : l’importance des représentations paysagères ». Institut Sino-européen du tourisme et de la culture. Université de Ningbo.

[3] Le Tao est la notion maîtresse à l'œuvre dans le taoïsme, philosophie et voie spirituelle chinoise.

[4] UNESCO. Liste du Patrimoine mondial de l’Humanité. « Mont Huangshan ». 1990.

[5] Pour comprendre le rôle du vide dans la peinture chinoise : François Cheng. « Vide et plein – Le langage pictural chinois ». 1991. 

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