La rafle des juifs de Rome - Le massacre des fosses ardéatines - Un même bourreau : Herbert Kappler !

 

Rome Sant Angelo ghetto gente di roma

Le dernier épisode dramatique de l'histoire du ghetto de Rome eut lieu en 1943. Après le coup d’Etat du 10 juin renversant Mussolini, la déclaration du Maréchal Badoglio proclamant Rome ville ouverte et la signature, le 3 septembre, d’un armistice avec les Alliés, la communauté juive de Rome pouvait espérer être sauvée alors même que la ville était encore occupée par les troupes nazies. Le commandant des SS, Herbert Kappler, ayant menacé d'exécuter 200 otages juifs s’il ne lui était pas remis 50 kilos d'or dans les deux jours, des milliers d'anonymes apportèrent leurs bijoux réunissant ainsi cinquante et un kilo. Y compris l’obole de Pie XII… lequel aurait mieux fait de dénoncer publiquement les déportations ! Cela aurait certainement eu plus de poids que les quelques grammes d’or dont il avait consenti à se séparer ! Reniant leur engagement, le 16 octobre, les nazis envahissaient le ghetto, arrêtant et déportant 2 091 femmes, hommes et enfants, vers Auschwitz et Bergen-Belsen, avec l’aide de la police italienne.

« Et, en arrivant, elle avait trouvé le quartier désert, les portes grandes ouvertes, personne dans les maisons et personne dans la rue. Personne. Et elle s’était informée, elle avait demandé ça et là, au cafetier aryen. Et elle avait demandé partout. Même le temple qui était désert… et j’ai couru ici et là, de l’un à l’autre… Ils sont au Collège Militaire… à la Stazione Termini… à la Tiburtina… »[1].

Seize personnes seulement reviendront des camps.

« Cet épisode m’est arrivé pendant que je tournais le court métrage 1943-1997 où l'on voit au début la rafle destinée à arrêter tous les Juifs du ghetto de Rome. Pendant qu’on tournait, une vieille dame s’est évanouie. Evidemment, on a arrêté les prises de vues, elle a été secourue, on l’a amenée dans un bar à côté. Elle s’appelait Spizzichino, elle était une des dernières survivantes de la rafle de 1943, une rescapée d’Auschwitz, elle avait encore le tatouage sur le bras. Cela m’avait marqué, je m'étais senti coupable d’avoir indirectement ravivé le malheur de cette vieille femme, alors j’ai voulu refaire la scène. Si on connaît Rome, on reconnaît tout de suite la synagogue et le quartier juif, sinon on ne comprend le sens de la séquence que lorsqu'on découvre le tatouage sur le bras. Le public peut avoir des impressions sans comprendre comment elles naissent »[2].

Le commandant nazi, Herbert Kappler, le même qui, le 16 octobre 1943, avait organisé la rafle dans le quartier de l’ancien Ghetto, ordonna le 24 mars 1944 l’exécution de 320 personnes en représailles à l'attentat de la veille, Via Rasella, qui avait fait 32 victimes dans les troupes nazies. Il prit la décision de fusiller 10 otages pour chaque soldat allemand tué. Pour atteindre ce nombre, les nazis prirent 270 détenus dans les prisons de Via Tasso et de Regina Coeli, en sus des 50 prisonniers de Regina Coeli, désignés par le préfet fasciste de Rome. Après la mort de l’un des soldats blessés, Kappler ajouta 15 autres personnes pour faire bonne mesure. Elles furent emmenées à la périphérie de Rome, non loin des Catacombes de Saint-Calliste et de Saint-Sébastien, sur la Voie Appia. L’endroit est plus connu sous le nom de « fosses ardéatines ».

« Mais au même moment un autre journal est publié, un journal qui paraît encore aujourd’hui et qui s’appelle ‘L’Observatore romano’. C’est le quotidien du Vatican et il y a un curieux article dont les gens parleront encore longtemps. (…) Il y a écrit : ‘32 victimes d’un côté, 320 personnes sacrifiées de l’autre pour les coupables ayant échappé à l’arrestation’.

(…) le journal dit que les personnes tuées aux Ardéatines ont été sacrifiées, comme s’il s’agissait d’un évènement biblique et non d’un crime humain. Dans le journal, les nazis deviennent les victimes et les partisans les coupables… »[3].


[1] Elsa Morante. « La Storia ». 1974.

[2] Entretien avec Ettore Scola sur son film « Gente di Roma » (2003). Propos recueillis à Rome le 27 janvier 2004 par Jean A. Gili et traduits de l'italien.

[3] Ascanio Celestini. « Radio clandestine – Mémoire des fosses ardéatines ». 2005.

Liste des promenades dans Rome et liste des articles sur Sant'Angelo et le ghetto

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