Un enseignement inadapté aux réalités économiques et sociales - Une coopération internationale dont les moyens ne peuvent être à la hauteur des problèmes

 

109 Institut Agricole de Ibb

A l’heure actuelle, il existe donc huit établissements d’enseignement technique agricole au Yémen, dont deux ne fonctionnent pas, qui forment des techniciens et techniciens supérieurs. Mais, à l’exception de l’établissement de Sanaa qui accueille à lui seul 340 étudiants, les sept autres établissements n’en scolarisent que 200 et comptent globalement un enseignant pour deux étudiants !

Les enseignants sont généralement peu qualifiés, tant d’un point de vue technique que pédagogique. Il n’existe d’ailleurs aucune règle pour leur recrutement, leur formation, leur suivi comme pour leur évaluation.

Leurs salaires sont bas, entre 20 à 25 000 rials par mois soit moins de 100 euros. 20% des enseignants techniques seraient même volontaires et ne toucheraient aucun salaire, restant parfois jusqu’à 6 ans sans revenu avant d'être embauchés par le ministère. Les directeurs des instituts essayent de leur attribuer une rétribution par exemple à partir de la vente de la petite production des élèves, mais parfois aussi avec la revente du matériel neuf fourni par le ministère ! Peu d’enseignants sont logés dans les établissements alors que ceux-ci sont parfois très éloignés des villes et ils n’ont pas les revenus suffisants, bien sûr, pour posséder des moyens de locomotion. Dans ces conditions, il ne faut donc pas s’étonner si les enseignants apparaissent peu motivés.

L’enseignement est délivré de manière très traditionnelle, sans matériel pédagogique sinon un tableau noir. C’est un enseignement essentiellement théorique et livresque, réalisé sur la base de programmes souvent obsolètes. Les établissements ne se préoccupent pas de l’insertion de leurs élèves dont une grande partie, semble-t-il, cherche des emplois dans d’autres secteurs que l’agriculture.

Les établissements n’ont quasiment aucune autonomie, tant d’un point de vue administratif que financier, comptable ou pédagogique. Le recrutement des élèves n’est pas assuré par les établissements mais par le ministère qui engage la campagne nationale de recrutement par voie de presse, radio et télévision. Toutes les décisions sur la vie de l’établissement sont prises au bureau régional après concertation avec le ministère.

La formation professionnelle continue des salariés d’entreprises est quasiment inexistante. Parfois le ministère décide de la réalisation de sessions de formations dont il détermine les contenus, les programmes et les publics, en donnant l’ordre aux établissements de réaliser ces formations sur les bases qu’il a définies.

En regard de ces caractéristiques, le Yémen connaît une augmentation de sa population de 3% par an ! Cette expansion démographique est plus élevée qu’en Afrique subsaharienne. L’augmentation de la productivité agricole, tout en assurant une gestion durable des ressources naturelles, est donc un enjeu majeur pour l’avenir du Yémen… ceci afin d’éviter également une explosion sociale qui, dans un pays très marqué par une lecture traditionaliste du Coran, pourrait induire des activités terroristes internationales.

Il n’est pas possible d’imaginer que les objectifs d’augmentation de la production et de la productivité agricoles puissent être atteints avec une population rurale largement analphabète et qui ne bénéficie d’aucune formation professionnelle lui permettant de développer de nouvelles cultures, de nouvelles techniques de production pour augmenter la productivité, rationaliser les productions, améliorer la qualité des produits alimentaires.

L’enseignement agricole yéménite apparaît donc en décalage total avec la situation de l’agriculture et les enjeux de son développement… d’autant plus inadapté qu’il ne s’adresse jamais aux producteurs eux-mêmes et qu’il ignore superbement les femmes qui jouent pourtant un rôle clef dans la production agricole.

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