Une société en évolution ? - Difficile à apprécier en si peu de temps

 

URSS Leningrad Croiseur Aurore

L’illustre croiseur « Aurore », qui aurait annoncé le début de la Révolution d’Octobre en bombardant le Palais d’Hiver devenu ainsi le symbole de la révolution de 1917, est aujourd’hui sagement, paisiblement, amarré le long d’un quai de Petrograd, sur un des bras secondaires de la Néva.

Dominé par ses trois hautes et fines cheminées comme de longs tuyaux de poêle, il est soigneusement repeint de neuf, couleur gris fer, avec sa ligne de flottaison peinte en vert. De larges plaques de glace entourent la coque du navire. A la proue flotte triomphalement le drapeau rouge à faucille, marteau et étoile d’or.

Un groupe de kolkhoziens vient se faire photographier devant le croiseur. Chacun, homme ou femme, est emmitouflé dans un long manteau et porte chapka ou bonnet de laine. Ils s’alignent sur deux rangs pour la photo-souvenir, avec le cuirassé en fonds. A n’en pas douter, cette photo constituera un des moments forts de leur voyage.

Cela fait quelques années que les partis communistes européens, notamment italien et français, commencent à se détacher du « modèle » du socialisme soviétique. Cette prise de distance a commencé avec la condamnation du stalinisme, certes plutôt tardive en ce qui concerne le PCF mais qui, depuis, affirme vouloir « construire en France, par une voie démocratique, une société socialiste, elle-même démocratique, autogestionnaire : le socialisme à la française »[1]. Néanmoins, l’URSS est une grande puissance dont les évolutions peuvent avoir des répercussions politiques, économiques et sociales au niveau mondial. Il importe donc, non seulement de se construire une opinion sur le socialisme soviétique, mais aussi d’en comprendre le fonctionnement et les changements en cours.

Les réformes du fonctionnement de l’économie soviétique semblent toucher de très nombreux secteurs, sur des aspects fondamentaux : autonomie croissante des entreprises, nouvelle conception de la planification, souci d’amélioration de la qualité des produits, nouvelle hiérarchie des salaires, réformes de la politique sociale avec des préoccupations sur les questions de logement, de l’école, réformes de la vie démocratique avec un développement de la vie autogestionnaire, de la vie militante du P.C.U.S et le pluralisme des opinions dans la presse et à la télévision. Tout cela semble aller dans le sens d’une nouvelle conception du socialisme à la fois plus à l’écoute des besoins des citoyens, mais aussi de participation accrue de ses citoyens aux décisions politiques, économiques et sociales.

Las, l’application des réformes annoncées ne saute pas aux yeux. Il est vrai que Rome ne s’est pas faite en un jour et qu’il est plutôt difficile pour des étrangers, ne parlant pas le russe et restant si peu de temps, de comprendre des évolutions aussi complexes que celles concernant la vie démocratique de l’entreprise ou la réforme de la planification centralisée ! Néanmoins, manifestement et en première approximation, la distribution et la commercialisation des marchandises semblent continuer à mal fonctionner, les produits de consommation courante apparaissent de qualité médiocre, l’état extérieur des logements est dégradé, les devises et les produits étrangers restent très recherchés et les restaurants et hôtels que nous fréquentons fonctionnent encore de manière très bureaucratique.

Il faut bien avouer que cela nous permet de laisser libre cours à notre esprit « naturellement » caustique et frondeur ! Les Français n’ont peut-être pas été capables d’instaurer le socialisme dans leur pays, comme aiment à en faire la leçon les Soviétiques aux autres peuples, mais il nous semble avoir, sinon des leçons à donner, du moins des arguments à échanger pour construire une société plus démocratique et participative.


[1] Parti Communiste Français. « 26e congrès du Parti communiste français - Saint-Ouen ». Décembre 1987.

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