Colombo, faubourgs et pauvreté – Faubourgs et tourisme

 

Sri Lanka Negombo

« Ce qui frappait d’abord, à Colombo, c’étaient les arbres et l’eau. La ville s’adossait d’un côté à l’océan et ses habitants n’étaient jamais très loin de l’odeur salée des embruns ni de la bise rafraîchissante de la mer. Le vaste lac Beira s’étendait au milieu de la ville et ses affluents serpentaient dans l’agglomération pour former ici et là d’autres petits lacs. Des frondaisons d’une incomparable beauté les escortaient : des palmiers de toutes sortes, les massifs de fleurs écarlates des flamboyants, les feuilles ondoyantes des plantains »[1].

Colombo est de loin la principale ville du Sri Lanka avec plus de deux millions d’habitants. C’est une agglomération importante, tentaculaire. Si les quartiers Sud sont situés dans un cadre de verdure et d’eau, la périphérie ressemble à toutes celles des grandes villes du tiers-monde, un amoncellement de baraques faites de bouts de planches et de tôles. Les trottoirs grouillent de monde, à l’image des temples hindouistes sur le fronton desquels une foule de personnages se pressent, s’emmêlent, se superposent, s’empilent dans un fouillis apparent indescriptible.

Il n’en a pas été tout le temps ainsi si l’on en croit Pablo Neruda, alors consul du Chili à Colombo (1929).

« Je m’installai dans un petit bungalow qui venait d’être construit dans le faubourg de Wellawatha, près de la mer. C’était une zone déserte, où les vagues venaient se briser contre les récifs. La nuit, la musique marine redoublait »[2].

La démographie, la guerre civile, les déplacements de population, l’exode rural, l’attrait de la ville et de ses revenus supposés faciles ont fait le reste.

« Lorsqu’on fera une route et un pont pour relier directement à Négombo, tout cela changera. Nous verrons passer des voitures et des gens de toutes sortes qui ne viennent pas maintenant, et les enfants apprendront à mendier »[3].

Si nous ne sommes pas allés à Negombo, nous sommes passés à proximité puisque l’aéroport international de Colombo est aujourd’hui construit à quelques kilomètres. Les informations touristiques permettent de confirmer que la prédiction d’André Petit s’est bien réalisée. Negombo est aujourd’hui considéré comme le lieu où se rendre pour ceux des habitants de Colombo (40 kilomètres) qui « sont pressés d’atteindre les plages » ! Le village est désormais une petite ville (120 000 habitants) dont une grande partie de ses habitants vivent du tourisme grâce aux trois kilomètres d’hôtels alignés au long de la côte.

Mais les Negombo sont évidement nombreux au Sri Lanka. La vision rousseauiste du petit paradis préservé des atteintes de la société commerciale, où les gens vivraient en bonne intelligence entre eux et avec la nature, mérite d’être revue et corrigée. Certes, voitures et gens de toutes sortes passent maintenant dans presque tous les villages et les enfants ont effectivement appris à mendier un bonbon ou un stylo, mais la construction de la route n’a t’elle pas aussi permit de faire évoluer les conditions de vie ? Aux paysans de vendre leurs riz, légumes et fruits ? Aux pêcheurs de vendre leurs poissons ? Aux enfants de poursuivre leurs études au lycée, voire à l’université, ou aux habitants de se rendre plus facilement au dispensaire ? Faire de la route le responsable de tous les maux, n’est-ce pas oublier que celle-ci n’est que le reflet de la société dans laquelle et pour laquelle elle a été construite ?


[1] Shyam Seladurai. « Jardins de cannelle ». 1998.

[2] Pablo Neruda. « J’avoue que j’ai vécu ». 1974.

[3] André Petit. « Ceylan, l’île dont on rêve ». 1955.

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