Horloge ou calendrier ? - Un des premiers théâtres de Rome - Des sommets de la culture à la gestion managériale d'entreprises !

 

Rome Colonna Theâtre Capranica

Sur la place du Montecitorio est situé un des obélisques de Rome ; encore un dans la ville certainement la plus riche au monde pour ce type de monument ! Celui-ci servait-il de gnomon[1] à un gigantesque cadran solaire, l’horlogium Augusti ? Le cadran, un espace de 150 m sur 70, se situait dans la partie septentrionale du Champ de Mars, près de l'Ara Pacis. L’obélisque en granit rouge, qui servait d’aiguille, date de Psammétique II (594 / 589 av. J.-C.) et provient d'Héliopolis. Il fut transféré à Rome en 10 av. J.-C. sur l’ordre d'Auguste. Il était surmonté d’une sphère de bronze percée d’une fenêtre qui permettait aux rayons du soleil, au zénith, de la traverser et donc de définir le mitan de la journée mais aussi la période de l’année sur une ligne méridienne tracée au sol, avec des lignes et des lettres en bronze doré. Des éléments du cadran ont été récemment mis à jour dans la cave du n°48 de la via di Campo Marzio. Alors horloge ou calendrier ? La polémique est en cours…

Cet obélisque, haut de 21 m et pesant 230 tonnes, fut découvert en 1748 sous les fondations d’une maison, restauré avec du granit rouge prélevé sur des fragments de la colonne de Marc Aurèle puis érigé, entre 1789 et 1792, sur la Piazza di Montecitorio, à l’initiative de Pie VI Braschi (1775 / 1799). Sa fonction d’origine fut même restaurée en le coiffant d’une boule de bronze, copie de l’original, et en traçant une méridienne au sol. Son imprécision est proverbiale car la réalisation d’une méridienne précise exige à la fois une hauteur plus grande, mais aussi un espace fermé afin de bien observer le rayon lumineux comme à Santa Maria degli Angeli[2].

Mais, l’intérêt du lieu n’est pas seulement le palais Montecitorio. Laissons à Berlusconi le soin de faire du théâtre et intéressons-nous à ce qui fut un théâtre important à Rome. Un théâtre construit par le Cardinal Domenico Capranica, au XVe siècle, dans sa résidence principale. Ouvert au public en 1679, les oeuvres des plus célèbres compositeurs italiens y furent présentées, Scarlatti, Vivaldi, Albinoni… et les plus grands chanteurs y jouèrent, Farinelli, Caffarelli, Carestini… De Brosses garde le plus mauvais souvenir de la représentation de « Mérope », sans que l’on sache s’il s’agit de l’œuvre de Giacomelli ou du premier opéra de Scarlatti donné à Rome en 1740.

« J’étais mal assis ; il y avait une foule à étouffer ; les décorations n’étaient ni finies ni tendues ; on voyait les murailles de tous côtés, les violons ivres, les rôles mal sus, les acteurs enrhumés, une Mérope abominable, un Polyphonte à rouer de coups de canne »[3].

A contrario, dix neuf ans plus tard, Goldoni loue la qualité des acteurs du théâtre Capranica, les acteurs il est vrai, pas les chanteurs.

« Ce théâtre, qui depuis plusieurs années s’était dévoué à mes pièces, donnait, dans ce temps, ma comédie de Paméla. Cette pièce était si bien rendue et elle faisait tant de plaisir, qu’elle soutint toute seule le spectacle depuis l’ouverture jusqu’à la clôture, c’est à dire depuis le 26 décembre jusqu’à mardi gras »[4].

Le dernier opéra qui y fut joué était « Ernani » de Verdi, en 1881. Puis le théâtre a été fermé. Il a rouvert ses portes en 1922 comme salle de cinéma, jusqu’en 2000. Depuis, il fait partie d’un centre de congrès situé au sein d’un hôtel de luxe, l’Albergo Nazionale. La salle de huit cent places accueille désormais des conventions d’entreprises, des réunions, des soirées de gala, des défilés de mode !

Grandeur et décadence du théâtre Capranica ! De Vivaldi, Goldoni et Verdi aux conventions d’entreprise… Décidemment, il y a quelque chose de pourri en République d’Italie. Les gestionnaires de l’établissement en ont d’ailleurs une conscience implicite, reconnaissant publiquement cette déchéance en dénommant l’ensemble « Capranichetta » !


[1] Le gnomon est une tige verticale projetant l'ombre du soleil, ou de la lune, sur un écran horizontal permettant de mesurer leur hauteur au-dessus de l'horizon et donc d’indiquer les solstices mais aussi l’heure solaire.

[3] Président De Brosse. Lettres d’Italie. 1740.

[4] Carlo Goldoni. « Mémoires de Goldoni pour servir à l’histoire de sa vie et à celle de son théâtre ». 1787.

Liste des promenades dans Rome et liste de la promenade du rionne Colonna

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