Un lieu d’affrontement entre architectes

 

Rome Colonna Propagnada fide 4

Le palais pour la Propagation de la Foi est situé à la limite du rione Campo Marzio, Place d’Espagne. Il abrite une congrégation, fondée en 1542, la « Sacrée congrégation de l'inquisition romaine et universelle » et dont la mission était de lutter contre les hérésies. Elle est devenue depuis la « Congrégation pour l'évangélisation des Peuples » et a été notamment présidée, de 1981 à 2005, par le cardinal Ratzinger, devenu pape sous le nom de Benoît XVI. Sa mission actuelle est « de promouvoir et de protéger la doctrine et les mœurs conformes à la foi dans tout le monde catholique : tout ce qui, de quelque manière, concerne ce domaine relève donc de sa compétence »

« Le collège de Propaganda Fide, où l’on engraisse des missionnaires pour donner à manger aux cannibales. C’est, ma foi ! un excellent ragoût pour eux, que deux pères franciscains à la sauce raide. Le capucin en daube se mange aussi comme le renard, quand il a été gelé »[1].

Le palais Ferratini fut donné en 1625 par un évêque espagnol, membre de la Congrégation, pour servir de siège à l’institution et lui permette d’accueillir un collège afin de former les missionnaires chargés de diffuser la bonne parole dans le monde. L’année suivante, la Congrégation acheta tous les jardins avoisinants de l’îlot. Le Cardinal Antonio Barberini, frère du pape régnant, souhaita édifier une église dédiée à l'Adoration des Rois Mages dont le projet fut confié au Bernin, l’architecte préféré d’Urbain VIII Barberini. Le Bernin réalisa une église de forme elliptique, à l’image de San Andrea al Quirinale. Elle fut jugée « merveilleuse » par les contemporains. Parallèlement, il devenait nécessaire de reprendre le vieux palais Ferratini, miné par l’humidité. Le projet et sa réalisation furent naturellement confiés au Bernin (1642 / 1644). La façade du Bernin, d’une facture très sobre, est agrémentée seulement de pilastres en forte saillie.

Dès 1646, les travaux à peine terminés, il apparut indispensable d’agrandir le palais et, cette fois-ci, le projet fut confié à Borromini. Il proposa un grandiose édifice, occupant tout l’îlot, comprenant une nouvelle église, une imprimerie, un hospice pour les évêques et de nouvelles chambres destinées aux élèves du collège. Le projet fut décidé en 1652, aboutissant à la démolition de l’église du Bernin.  L’église se trouvait, comme par hasard, juste en face de la maison de Borromini et ce n’est donc pas sans jubilation qu’il dut la faire démolir ! La nouvelle chapelle est symboliquement située au milieu de l’édifice, entre le collège et le siège de la congrégation. Elle présente notamment un plafond souligné de nervures croisées, en forte saillie, enrichissant d’une nouvelle manière le langage architectural interne des plafonds et dômes romains pourtant riches en inventions décoratives. C’est un espace rectangulaire adoucis par des angles concaves arrondis, surmonté d’un plafond bombé. Les pilastres colossaux qui rythment les murs de la chapelle se poursuivent au plafond en nervures obliques, entrecroisées. Le croisement des nervures donne à la chapelle une dynamique presque gothique… Ce que ne manquait pas de souligner Le Bernin qui prenait plaisir à traiter l’œuvre de Borromini de « gothique ». L’injure était d’autant plus malveillante que « gothique » pouvait signifier « barbare » mais aussi « allemand », donc luthérien, ce qui revenait quasiment à être traité d’hérétique.

La partie centrale de la façade latérale, via di Propaganda Fide, est de Borromini (1662 / 1666). Sur cette rue étroite et rectiligne, Borromini développe une haute façade, en sept travées, rythmée par des pilastres colossaux, et dont il incurve légèrement la partie centrale pour en rompre la monotonie. La façade est également brisée dans sa hauteur par une corniche en forte saillie. Ce qui n’aurait pu être qu’une longue et insignifiante façade sur une rue sombre devient un décor mouvant par le jeu du haut porche incurvé, des profondes fenêtres aux jambages de colonnes géminées, aux frontons arrondis ou surmontés d’œil-de-bœuf, de la corniche et des consoles saillantes. Il faudrait encore signaler les colonnes encadrant le porche, carrées, aux larges et profondes cannelures, placées de biais, elles s’évasent progressivement vers le haut… Chaque détail, par le jeu des formes et des saillies, emprisonne ou renvoie la lumière accentuant encore les effets de relief. Après le décès de Borromini (1665) la construction fut poursuivie sur la partie Sud (côté Sant’Andrea delle Fratte) d’une manière plus conventionnelle.


[1] Président de Brosses. Lettres d’Italie. 1740. Un humour acide et irrespectueux bien français !

Liste des promenades dans Rome et liste de la promenade du rionne Colonna

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