Au choix : exotisme ou banalité ?

 

Cameroun Nord Margouillat Adama adama

A Maroua vous avez la possibilité de loger dans deux hôtels de qualité, mais forts différents l’un de l’autre. Le plus original est sans conteste celui qui est situé non loin du mayo[1] Kalio. Clin d’œil malicieux de son propriétaire ou nostalgie de la vie parisienne, il porte le nom de « Relais de la Porte Mayo » ! Rien ici ne rappelle toutefois la Porte Maillot de Paris, il est en effet composé de « boukarous », de grandes cases rondes, couvertes de chaume, dispersées dans un jardin luxuriant. Chaque boukourou comprend une très vaste chambre circulaire possédant chacune son climatiseur et sa salle d’eau, bref, l’essentiel, l’indispensable sous ces fortes chaleurs.

Pas très loin, mais de l’autre côté du mayo Kalio, le « Mizao Novotel ». Egalement situé dans une zone de verdure et de grands arbres, celui-ci est néanmoins l’antithèse du précédent. C’est un établissement composé de bâtiments rectangulaires, aseptisés où les chambres ont exactement la même configuration, le même mobilier, les mêmes accessoires, le même tissus d’ameublement que vous soyez à Douala, N’Djamena ou Porto ! Comme son concurrent, s’il offre l’avantage d’être impeccable, de toujours disposer d’eau et d’électricité, vous pouvez considérer que celui-ci vous évite d’être dépaysé ou, au contraire, qu’il est par trop banal ! Toutefois, d’un Novotel à l’autre, de petites choses vous permettent néanmoins d’opérer des distinctions subtiles. A Maroua, c’est avec la présence de margouillats, une espèce de gros lézards, dont des mâles ont une tête orange, le corps mauve et la queue successivement blanche, orange et mauve. Il s’agit de l’Agame des colons, Agama agama, une espècede saurien de la famille des Agamidae. Dans le jardin, les mâles poursuivent les femelles, plus petites et à la couleur uniformément brune, puis ils s’arrêtent épuisés par l’effort en faisant de ridicules « pompes » sur leurs membres antérieurs. Autres distinctions, la splendeur d’un « flamboyant », une espèce d’acacia aux fleurs d’un rouge éclatant, dans le jardin, ou le ronronnement de moteur de camion du climatiseur que l’on éteint grâce à l’interrupteur situé judicieusement à la tête du lit, pour pouvoir s’endormir. Mais, bien vite, on recherche à nouveau à tâtons l’interrupteur dans l’obscurité pour remettre en route l’appareil et bénéficier d’un peu de fraîcheur, tant la chaleur étouffante vous empêche de vous reposer. Je ne parle pas de dormir !

Et puis, il y a aussi les « fruits exotiques ». Il ne s’agit pas ici des mangues, des ananas ou des bananes qui sont disposées, chaque matin, sur la table du petit déjeuner, non, mais des avenantes jeunes femmes qui fréquentent le bar et la piscine de l’hôtel. Alors que les représentants de l’enseignement agricole camerounais sortent chaque soir en discothèque pour s’amuser et draguer, l’un d’entre eux s’étonne auprès de nous du fait que nous restons sagement à l’hôtel. « Avez-vous goûté aux fruits exotiques ? » nous dit-il en désignant les déesses assises sur les hauts tabourets du comptoir. Notre réponse négative le plonge alors dans un abîme de perplexité. Comment peut-il se faire que ces Français n’en profitent pas alors que, 1/ ils sont « blancs » avec le prestige qui s’accroche encore à la couleur de la peau, 2/ qu’ils possèdent des francs français ou des francs CFA en quantité et, 3/ que leur femme n’est pas là. Comportement étrange. Nous avons bien essayé d’expliquer, amour, confiance partagée, fidélité... Mais nous n’avons manifestement pas le même champ de références culturelles. Amour, oui, confiance, oui, mais fidélité ? Pourquoi se priver de quelque chose qui est si normal et agréable ? Force est de constater qu’ici la religion chrétienne n’a pas fait les mêmes ravages en matière de sexualité et que les hommes africains semblent vivre celle-ci avec beaucoup plus de décontraction et de naturel. Pour les femmes, c’est vraisemblablement une autre histoire ! Les femmes et les filles sont défavorisées en matière d’éducation, de soins médicaux, de droits de propriété, d’emplois et de revenus. Leur rôle est de servir la famille, de faire les repas et d’effectuer les tâches ménagères. Sans compter que l’article 49 de l’ordonnance du 29 juin 1981 portant organisation de l’état civil autorise la polygamie !

Dans le Nord Cameroun, les « chantiers », ces petits restaurants de l’Ouest et du centre assez souvent tenus par des veuves pour assurer leur subsistance, sont devenus ici des « circuits » ! Le principe et l’organisation y sont tout à fait comparables sauf que, climat aidant, ils sont situés en plein air comme chez « Justine » ou sous des paillotes comme au « Au circuit de la braise d’or ». Vous y retrouverez le fameux et incontournable « poulet-bicyclette » mais accompagné de frites et non plus de banane plantain.