Monti (3) - Le quartier du Latran (11/13). San Clemente.
Trois étages superposés d’édifices religieux - Bande dessinée du IVe siècle - Culte à Mithra
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La Via San Giovanni In Laterano file tout droit vers le Colisée. Au n°55, une petite madonelle du XVIIIe siècle est peinte dans un cadre ovale et, au croisement avec la via dei Querceti, une autre madonelle, de la même époque, représentant la Vierge à l’enfant, est placée dans un cadre imposant.
Derrière la façade du XVIIIe siècle de l’église San Clemente [1] se cache un des plus anciens lieux de culte de la ville. Ce sont même trois édifices superposés que l’on peut visiter en descendant à travers les différentes strates du sous-sol. L’église actuelle a été érigée en 1108 sur l’emplacement d’une église antérieure détruite lors du sac de Rome de 1084 effectué par les soldats de Robert Guiscard.
L’église est de plan basilical, avec trois travées, séparées par deux rangées de colonnes antiques, alternativement lisses et cannelées. L’intérieur a été largement remanié en 1719 par Carlo Fontana avec des décorations de stucs, pilastres, médaillons, encadrements. Les mosaïques de l’abside datent de la construction de l’église et représentent le triomphe de la Croix. Le chœur est entouré d’une magnifique balustrade de marbre du VIe siècle qui était dans l’église antérieure. Un très riche pavement de marbre, cosmatesque, décore le sol. La chapelle Branda, dédiée à Sainte-Catherine d’Alexandrie, a été construite sur le bas-côté gauche décorée en 1484 de fresques attribuées à Masolino da Panicale (1384 / 1447).
De la sacristie, un escalier mène à l’église inférieure datant du IVe siècle où il subsiste quelques fresques du XIe illustrant la vie mouvementée de saint Clément. Un texte en latin, inséré dans un bandeau, précise le thème de chacune des différentes scènes. Sous ce bandeau, d’autres dessins, plus petits, viennent compléter le récit. L’une des fresques représente saint Clément célébrant une messe avec une femme en premier plan. En-dessous une scénette montre deux hommes enserrant de liens une colonne. Explication [2] : La jeune femme assistant à la messe s’était convertie en secret à la foi chrétienne. Son mari s’étonnant de ses absences la suit. Par une intervention divine de Clément, il devient sourd et aveugle pour préserver le secret. Mais l’épouse supplie ensuite Clément de le guérir. Ayant retrouvé la vue et l’ouïe le mari est persuadé que Clément est un magicien qui abuse de son épouse et il ordonne à ses valets de s’en saisir mais, nouveau miracle, au lieu d’attraper le saint, ils ligotent une colonne qu'ils prennent pour le saint ! Des phrases en latin vulgaire insérées dans le dessin, horizontalement ou verticalement : « Albertel, trahite, fili de le pute », « Albertel (nom du serviteur) tire, fils de pute » !
Un escalier étroit conduit plus bas encore, dans des caves sombres et humides. De fait une ancienne villa romaine dans laquelle un sanctuaire, du IIe siècle, est dédié au dieu Mithra. Mithra était un dieu solaire de l’ancienne Perse dont le culte, ramené par les armées romaines, fut vénéré pendant une courte période chez les Grecs et les Romains[3] . Dans la salle initiatique, une niche abrite la statue du dieu. Devant elle, un autel est orné d’un relief montrant Mithra en train d’égorger un taureau. De part et d’autre deux bancs latéraux permettaient aux initiés de s’asseoir sous un plafond orné d’étoiles. Une pièce annexe servait de salle de cours. Une source coule en dessous des ruines de la villa faisant entendre son léger bruissement dans le silence de ces murs épais suintant d’humidité.
La villa fut comblée de terre et de gravats lorsque fut construite la basilique du IVe siècle, laquelle subit le même sort au XIIe. Ces deux niveaux finirent par tomber dans l’oubli jusqu’au XIXe siècle lorsque les fouilles d’archéologues les firent réapparaître.
[1] Ouverture du lundi au samedi de 09h00 à 12h30 et de 15h00 à 18h00. Le dimanche de 12h00 à 18h00 (après les messes).
[2] « Rome insolite et secrète ». Editions Jonglez. 2009.
[3] D’autres lieux à Rome possèdent des sanctuaires au dieu Mithra, Palais Barberini, Santa Prisca, San Stefano Rotondo, les thermes de Caracalla, le cirque Maxime, l’hôpital San Giovanni, le Collège Tiberino via Francesco di Sales, la Castra Perigrinorum, les Via Passalacqua, Lanza, XX Settembre.
Mahieu Vincent. « Les lieux de culte mithriaques face aux chrétiens dans la Rome tardo-antique ». In « Revue belge de philologie et d'histoire ». 2020.