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Notes d'Itinérances
20 novembre 2013

Cuba, deux ou trois choses à propos de l'ïle du "lézard vert" (29/47). Sucre, de la richesse à la crise.

La grande bourgeoisie sucrière du XIXe siècle - Une production désormais inférieure à celle de la France !

 

 

Originaire de Polynésie, la canne à sucre sauvage fut importée en Inde. Dès 1200 avant notre ère, sa culture est attestée au Bengale. Sous l’Antiquité, le « roseau sucré » atteint le Moyen Orient puis la Méditerranée : on apprécie alors le sucre pour ses vertus médicinales ! La canne transite par la Méditerranée puis apparaît dans le domaine atlantique aux Canaries et à Madère bien avant les Grandes Découvertes.

 

Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, le seul moyen de sucrer les aliments était d’utiliser du miel pour les populations n’ayant pas accès au marché du sucre. Avec la mise en place de la colonisation dans les Amériques, le sucre traverse l’Atlantique et atteint le Brésil et les Antilles. C’est la demande européenne qui est le moteur de la croissance de la production. De la fin du XVIIe à la première moitié du XVIIIe siècle, se met en place l’économie de plantation et le sucre ne tarde pas à supplanter toutes les autres productions aux Caraïbes. La demande est alimentée par le café dont le goût trop amer ne convient pas aux Européens. La consommation de sucre intervient donc en complément de celle du café.

 

Au XVIIIe siècle, la mise en valeur de Cuba par l’agriculture est très marginale. Cuba était un relais maritime pour les bateaux qui partaient des Amériques à destination de l’Europe. La révolution sucrière date de la révolte des esclaves Haïtiens et de Saint Domingue et de l’abolition de l’esclavage (1791 / 1793). Les colons de cette grande île voisine vont se réfugier aux Etats-Unis et à Cuba où ils créent de grandes plantations. Aujourd’hui encore au Sud de Cuba, toute une partie de la population porte des noms français et descend de ces colons.

 

La bourgeoisie sucrière acquiert une énorme richesse grâce au travail de ses 720 000 esclaves arrivés à Cuba entre 1790 et 1860. Les plantations de canne s'étendent au détriment des terres des paysans. La culture de la canne représente alors 90% de la production agricole totale. Elle est concentrée dans les départements de La Havane et de Matanzas.

 

Les riches propriétaires sucriers possédaient des maisons en pierre de taille, aux toits de tuiles, décorées de marbre et de bois précieux.

 

Mais à partir de 1850, les guerres d’indépendance et la concurrence du sucre de betterave marquent le déclin de l'économie cubaine : le sucre ne peut être compétitif qu'au prix de transformations technologiques radicales. La fermeture des marchés européens rend Cuba dépendante des États-Unis, surtout après la ruine de la Louisiane. Le port de Casilda, qui alimentait Trinidad, cessa de fonctionner. La ville se replia sur elle-même, les habitants n’eurent plus d’argents pour reconstruire. Tout resta en l’état. L'esclavage, signe d'arriération, est aboli progressivement à partir de 1878 et disparaît définitivement en 1886.

 

Par la suite, les capitaux américains rachètent les plantations, concentrent les raffineries, fixent le cours du sucre et contrôle tout le cycle de la production sucrière en quelques années.

 

Aujourd’hui, l'embargo imposé par les Etats-Unis pour les approvisionnements en engrais et équipements, la rareté des financements disponibles, la disparition des marchés de l’Europe de l’Est explique la baisse de la production du sucre dont la quasi monoculture rendait l’économie cubaine extrêmement fragile. Cuba a perdu sa place de 1er producteur de canne à sucre pour se placer au 12e rang des producteurs de sucre, en 2004, derrière la France qui est 8e !

 

La surface en sucre représente encore toutefois 1/3 des surfaces cultivées, 113 sucreries sont en activité mais auraient besoin d’être modernisée, 500 000 personnes sont employées dans le secteur, et environ 1,5 million de Cubains en dépendent.

 

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