Le quartier de la place de la République - La gare de Termini et ses évolutions architecturales - Voyageurs et SdF

 

Rome Castro Pretorio Gare de termini

La gare de Termini est située à l’intérieur du mur d’Aurélien, mais en périphérie, au Nord de la colline de l'Esquilin. A l’époque romaine, à cet emplacement, existait un quartier populaire autour des thermes de Dioclétien. A la Renaissance, le cardinal Felice Peretti (pape sous le nom de Sixte V, 1585 / 1590) y fit construire une magnifique villa connue sous le nom de Montalto-Peretti. La première gare, provisoire, fut construite en 1862 et le bâtiment définitif en 1867. Comme les gares de cette époque son architecture s’inspirait du classicisme, mais elle avait l’originalité de ne pas masquer totalement la grande halle métallique.

Mon arrière grand-père travailla ici... Employé des chemins de fer, il effectua une carrière de chef de gare qu’il finit à Rome. Ayant fait des études de droit il monta alors, avec son fils et un associé, un petit cabinet privé de recherche des bagages égarés par la compagnie nationale des chemins de fer et de défense de ses clients pour obtenir une indemnisation. Je fais l’hypothèse que mes arrière grands-parents habitaient alors dans ce quartier.

Avec le développement du trafic, et dans un esprit moderniste issu du futurisme italien, Mussolini fit ériger une nouvelle gare. Les deux bâtiments latéraux qui encadrent les voies sont composés d’une série d’arcades façon aqueduc romain, mais aux formes simplifiées, épurées, réduites au minimum. La façade du projet d’Angelo Mazzoni (1939) devait refléter la grandeur du nouvel empire romain avec un long portique supporté par des colonnes jumelées. Pour cause de guerre, elle ne fut pas réalisée. Par opposition à ce style fascisant, selon le programme lancé en 1947, la nouvelle façade devait « refléter le mode de vie à Rome et le changement des idéologies politiques ; le risque de perdre l’aspect monumental prévu avant-guerre serait compensé par le caractère plus humain et au mode de vie démocratique »[1]. Quel charabia, mais passons. Ce caractère « plus humain et démocratique » est nettement perceptible ( ! ) dans la très longue façade rectangulaire, basse, minérale, sans originalité, dont la longueur est encore soulignée par dix bandes étroites et parallèles courant d’une extrémité à l’autre. Et dire que d’aucuns affirment qu’à Paris la ligne droite domine, alors qu’à Rome ce serait la ligne courbe. Est-ce pour cela que les architectes ont finalement introduit une « rupture » dans cette architecture de boite à chaussures avec la création d’une marquise constituée d’un voile de béton au profil en S allongé ? Décidément moqueurs, les Romains ont surnommé cet auvent « Il dinosoro » ! De côté, on reconnaît d’ailleurs bien le profil de l’animal : la queue traînante et massive côté gare, la bosse du dos abritant le hall d’accueil, le long cou relevé terminé par une tête minuscule formant auvent côté Piazza del Cinquecento.

« Que peut-on trouver de convenable dans ces affreux quartiers autour de la gare ? Ce sont de ces coins de Rome où ne s’arrêtent que des étrangers de passage ou les conscrits des casernes de Macao »[2]

Un demi-siècle plus tard, la remarque est toujours pertinente, exception faite de l’origine des conscrits. Dans les rues autour de Termini  nombreux sont les mendiants et les SDF. Le soir, ils se rassemblent sous les arcades de la place pour y dormir sur une feuille de carton afin de s’isoler du froid. Ceux qui ne mendient pas, s’efforcent de vendre des produits susceptibles d’intéresser les touristes. Avec ce temps à la pluie, tous les jours, l’un d’entre eux est positionné devant la porte de l’hôtel pour essayer de vendre un parapluie au touriste imprévoyant. On peut aisément imaginer que, derrière ces petits revendeurs, se cachent des groupes organisés qui acquièrent les marchandises et les distribuent au petit matin à chacun d’eux lesquels sont affectés d’un poste de vente particulier. Demain, selon le temps, ils vendront des lunettes de soleil, des livres sur Rome ou des montres… Au feu rouge de la via Cavour, un homme, d’une cinquantaine d’années, fait la manche en jouant avec un ballon de foot. Petit, chauve, trapu, vêtu d’une veste en cuir, il drible avec la tête avec une certaine agilité puis, brutalement, il arrête le ballon sur son épaule, ou dans le cou, et le maintien ainsi en équilibre. Après avoir récupéré le ballon, il passe ensuite entre les automobiles pour demander une pièce. Arrêté sur le trottoir opposé, je l’observe depuis une dizaine de minutes quand, tout à coup, après avoir consulté sa montre, il s’arrête, met le ballon dans un sac de sport qu’il sort de sa poche et s’en va. Il vient de sonner midi !


[1] Centre Georges Pompidou. « Le temps des gares ». 1978.