Un palais de Venise dont l'histoire recoupe celle de l'Italie - Façade et cour intérieure

 

Rome Pigna Piazza Venezzia Palazzo Venezia

« En arrivant sur la place voisine, la vue est frappée par l’aspect d’une sorte de forteresse ; c’est le palais de Venise ; il fut bâti en 1468, avec des pierres du Colisée »[1].

Le palais de Venise est l'un des premiers édifices civils construits à la Renaissance par un prélat. Edifié entre 1455 et 1467 pour le cardinal vénitien Pietro Barbo, d’aucuns prétendent qu'il choisit cet emplacement uniquement afin de pouvoir regarder l’arrivée des courses de chevaux sur la via del Corso ! Après son élection au trône pontifical, en 1464, sous le nom de Paul II, il en fit même le palais papal… pour ne pas manquer une arrivée de la course, je suppose ?

Accessoirement, Paul II permit à l'ambassadeur de la République de Venise de s’installer dans une partie du palais lequel devint finalement propriété de la République de Venise en 1494, d’où son nom. Il le resta jusqu’en 1797, date de la disparition de la Sérénissime par suite de sa conquête par les troupes de la République française. En 1806, le Palazzo Venezia accueillit le siège de l'administration française par ordre de l’empereur Napoléon Ier et, après le Congrès de Vienne qui avait attribué le territoire de Venise aux Habsbourg, il devint naturellement l’ambassade de l’Empire austro-hongrois… jusqu’à la disparition de ce dernier en 1917.

Il connut ensuite des heures sombres puisqu’il hébergea le Grand Conseil Fasciste à partir de 1929. Côté place de Venise, c'est depuis le balcon central du second étage, appartenant à la fameuse salle des Mappemondes, que « la tête de mort en queue de morue », la « Ganache en Chef », le « Dindon fanatique », le « Picrochole à plumeau », la « Tête de Mort en houpette », l’« Omnivisible fumier proclamé sauveur d’Italie »[2] (tous sobriquets issus de l’imagination de Carlo Emilio Gada) aimait à s'adresser à la foule, tête relevée, « les mandibules de terrassier analphabète du rachitique agromégale »[3] en avant et poings sur les hanches. La place fut alors rebaptisée « Foro d'Italia ».

« (…) vous n’oublierez pas de ne point entrer au palais Saint-Marc, car c’est un vieux vilain logement tout à fait indigne de recevoir un procureur général du roi, quoique le roi y ait habité lui-même. Il fallait que Rome fût encore une vilaine ville, au quinzième siècle, puisque l’on n’eut pas de plus belle habitation à donner à Charles VIII, lorsqu’il y fit son entrée triomphale »[4].

Voilà un jugement bien sévère car l’édifice, dû à Francesco del Borgo, donne à Rome un magnifique palais ave ccour intérieure. Certes, à l’extérieur, c’est encore un palais au caractère défensif et médiéval : massif, avec un haut soubassement, des fenêtres à meneaux, une tour d’angle, un couronnement à créneaux. Mais la cour intérieure, de style Renaissance, en est absolument charmante avec une colonnade surmontée d'une loggia, avec superposition des ordres doriques et ioniques, et ses grands palmiers qui semblent concurrencer les colonnes « à l’antique », mais avec plus de finesse et de hauteur. N’oubliez donc pas d’entrer dans la cour du palais ni d’aller voir le non moins remarquable escalier Renaissance !

Tiens ! Cette citation est aussi l’occasion de nous rappeler une autre des invasions de Rome par la France. Il y eut certes, en 390 av. JC, les Gaulois dont on prétend qu’ils sont nos ancêtres, et les troupes de la République en 1798, puis en 1849, mais il ne faudrait pas oublier Charles VIII, le 31 décembre 1494, qui ouvrit le cycle infernal des onze guerres d’Italie (1494 / 1559) au prétexte qu’il avait quelques droits sur le royaume de Naples. Guerres qui ravagèrent le Piémont, la Lombardie, la Toscane, Naples, mais aussi la Picardie, les Flandres… et Rome avec le sac de 1527 par les troupes de Charles Quint. Les Romains ont donc bien du mérite s’ils apprécient encore les Français.

Le Musée du Palais de Venise, créé en 1921, abrite des peintures du XVe et du XVIIIe siècles, des pastels, des miniatures, des sculptures sur bois italiennes et allemandes (XIVe au XVIe), des marbres du Moyen Age et de la Renaissance…


[1] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829.

[2] Carlo Emilio Gadda. « L’affeux pastis de la rue des Merles ». 1963.

[3] Idem.

[4] Charles De Brosses. « Lettres d’Italie ». 1740.