L’enceinte d’Aurélien – Heurs et malheurs récents de la Porta Salaria

 

Rome Sallustiano Porta Salaria

Les incursions de plus en plus fréquentes des barbares (c'est-à-dire pour les Romains de l’antiquité, tous les « non-romains » : les Alamans, les Francs, les Gaulois, les Goths, Wisigoths et autres Ostrogoths etc.) au Sud du Danube, parfois jusqu’en Italie du Nord sous Gallien (260 / 268), Claude le Gothique (268 / 270) et même au début du règne d’Aurélien (270 / 275) faisaient désormais craindre une attaque sur la capitale de l’Empire.

Les travaux d’érection d’une nouvelle enceinte fortifiée commencèrent vers 272 et durèrent onze ans, sous le règne de plusieurs empereurs successifs vu les très courtes périodes de pouvoir de l’époque et le fait que les empereurs mouraient de plus en plus rarement de vieillesse dans leur lit (Aurélien assassiné en 275, Tacite en 276, Florien en 276, Probus en 282, Carus en 283, Numérien en 284…) !

Le tracé de l’enceinte dite d’Aurélien est assez étrange, très irrégulier, avec des saillants importants. C’est que son pourtour coïncide avec le développement de l’agglomération romaine en dehors de l’enceinte précédente de Servien (IVe siècle av. J.C) et qu’il tient compte aussi d’un certain nombre de points d’appui : la colline du Pincio au Nord, la caserne de la garde prétorienne (près de l’actuelle Porta Pia), la colline Praenestina à l’Est et son amphithéâtre, la pyramide de Cestius au Sud, la colline du Janicule à l’Ouest. Au total, une muraille de 19 kilomètres de long avec parfois 10 mètres de haut, percée de 17 ou 18 portes flanquées de deux tours semi-circulaires, et comprenant une tour quadrangulaire tous les vingt pas (30 mètres environ).

Une refonte de la muraille est entreprise dans les années 401 / 402 en surélevant le mur d'enceinte et les tours qui mesurent désormais près du double de la hauteur originelle, en réalisant un chemin de ronde couvert avec des meurtrières, en couvrant les tours sont d’un toit de tuiles.

La porta Salaria tire son nom de la route à laquelle elle donne accès, la via Salaria, empruntée par les Sabins qui rapportaient le sel récolté à l'embouchure du Tibre (du côté de Fiumicino), mais aussi de la côte adriatique. La porta Salaria ne reçut pas un nom chrétien au cours du Moyen-âge probablement parce que le trafic du sel étant encore important.

Dans le mur d’Aurélien, la Porta Salaria était des plus simples, une arche de pierre surmontée de rangées de briques, flanquée de deux tours semi-circulaires. Au début du Ve siècle la porta Salaria a été renforcée, surélevée avec la création de trois fenêtres à arc au-dessus de la porte ; il est possible qu’une des deux tours ai été rebâtie car celles-ci ne faisaient plus alors le même diamètre. Le mur occidental présente extérieurement, l'unique latrine suspendue qui a été préservée sur les 260 que comptait autrefois l’enceinte. Elle est constituée d'une saillie hémicylindrique reposant sur deux consoles de travertin ; les déjections tombaient simplement dans le fossé extérieur.

Le mur d’Aurélien servit à plusieurs reprises de rempart défensif même s’il ne contint pas toujours tous les assauts des assaillants : les Wisigoths en 410, les Vandales en 455, les Ostrogoths en 546, les troupes impériales de Charles Quint en 1527, le corps expéditionnaire français en 1849 ! Son dernier acte de résistance date de 1870. Le 20 septembre la section du Mur d'Aurélien entre les Porta Pia et Salaria a été bombardée pendant cinq heures par les troupes royales italiennes qui ont ouvert une brèche permettant d’investir Rome mettant ainsi fin au pouvoir temporel des papes. Mais, comment un mur, imaginé et construit 1 600 ans plus tôt, aurait-il pu résister longtemps aux nouvelles armes inventées par les hommes ?

Le bombardement du 20 septembre fut si violent que la porta Salaria était également très endommagée et qu’il fallut la détruite l’année suivante. En 1873, la muraille était reconstruite ornée d’une nouvelle porte Salaria, une sorte d’arc de triomphe avec une grande arche de pierre, de style classique, intégré dans le mur de briques. L’ensemble devait être détruit une nouvelle fois en 1921 afin de faciliter le trafic automobile qui avait le plus grand mal à s’écouler au travers de l’ouverture trop étroite de la porte.

Désormais, la porte Salaria n’est plus qu’un souvenir, une ouverture béante dans la muraille donnant largement sur la piazza Fiume située hors les murs, bref un carrefour routier très fréquenté.

Liste des promenades dans Rome et liste des promenades dans Salustiano

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