La résidence de Pauline Bonaparte – Une représentation non auprès d’un Etat mais d’une entité religieuse !

 

Rome Sallustiano Villa Bonaparte

De la piazza Sallustio on rejoint aisément la via Piave qui se dirige vers la porta Salaria. Dans ces temps troublés d’attentats il n’est plus possible de longer le mur de l’ambassade de France auprès du Saint-Siège, via Piave. Mais, de toute façon, il n’y a pas de regret à avoir car, protégée par un haut mur, il est impossible d’apercevoir la villa Bonaparte qui l’accueille.

La villa Bonaparte fut construite en 1750 pour le cardinal Silvio Valenti Gonzaga, secrétaire d’État du pape Benoît XIV Lambertini[1], vraisemblablement parce qu’elle était située non loin du palais papal du Quirinal et que le quartier était alors essentiellement composé de jardins et de vergers.

Le cardinal transforma en jardins des vergers et fit élever au centre le pavillon dont la décoration et l’ameublement devinrent vite célèbres : la collection de papiers chinois, la table mécanique de la salle à manger et les plantes exotiques du jardin constituaient autant de curiosités dans la Rome du XVIIIe siècle.

Après la chute de l’Empire, une partie de la famille Bonaparte, Laetitia, « Madame mère », le cardinal Fesch, oncle de Napoléon, certains de ses frères s’installent sous la protection du pape Pie VII Chiaramonti (1800 / 1823), pas rancunier pour deux sous vis-à-vis des Bonaparte malgré la mise en œuvre du Concordat, l’annexion des Etats-Pontificaux, son enlèvement à Rome et sa captivité à Fontainebleau !

La sœur de Napoléon, Pauline, avait épousé le Prince Camille Borghese en 1803, ce qui lui valu le titre de Princesse Romaine, et elle avait suivi l’Empereur déchu à l’Île d’Elbe. Elle rejoint Rome en 1815 et acquiert la villa. Elle y entreprend d’importants travaux inscrivant ainsi le style Empire dans l’architecture romaine du XVIIIe siècle.

À la mort de Pauline en 1825, la villa passa à ses neveux et à leurs descendants jusqu’en 1906 date à laquelle elle fut vendue... au gouvernement prussien qui y installa sa légation près le Saint-Siège en 1908, ambassade d’Allemagne entre 1920 et 1944. En 1945, les biens du Reich étant confisqués par les Alliés, la France en fit l’acquisition pour y installer sa représentation « près le Saint-Siège ».

Sa représentation « près le Saint-Siège » ? Et pourquoi pas auprès de l’Etat du Vatican ? Le Saint-Siège et le Vatican sont deux entités distinctes bien qu'elles aient l'une et l'autre le pape à leur tête, le Saint-Siège est l’entité spirituelle quand l'Etat du Vatican est l’entité temporelle. De fait, c’est avec le Saint-Siège et non l'État du Vatican que les différents États du monde entretiennent des relations diplomatiques ! Seuls 14 États n'en ont pas, l’Afghanistan, l’Arabie saoudite, le Bhoutan, le Brunei, la Chine, les Comores, la Corée, le Laos, les Maldives, le Myanmar (Birmanie), Oman, la Somalie, Tuvalu et le Viêt Nam. C’est le Saint-Siège, qui est sujet de droit international et est également membre d'organisations internationales. Situation pour le moins curieuse dans laquelle c’est une religion qui, par l’entremise de son chef spirituel, est reconnue comme sujet international et non un Etat ! C’est évidemment la seule religion au monde qui se prévaut d’un tel statut international.

Les relations de la France avec le Saint-Siège ne sont pas toujours faciles… De mars 2015 à mai 2016, la France n’avait plus d’ambassadeur auprès du Saint-Siège faute d’agrément donné par celui-ci au candidat proposé par le gouvernement français, le candidat ayant avoué son homosexualité. Dans un premier temps, il semble que le gouvernement français n’avait pas voulu céder, envisageant de ne nommer personne avant les élections présidentielles de mai 2017. Et puis, en avril 2016, la France a proposé un nouveau candidat, un diplomate chevronné, bien sous tous rapports, catholique, marié, père et grand-père, immédiatement accepté par le Saint-Siège ! Faut-il faire l’hypothèse qu’à la veille d’un scrutin d’importance pour le gouvernement et le président socialistes ceux-ci n’ont pas voulu s’aliéner une partie des votes des catholiques ? Ce serait une bien petite manœuvre…