Deux tableaux caractéristiques de deux périodes du Caravage

 

Caravage Diseuse de bonne aventure

Le Palais des Conservateurs date de la moitié du XVsiècle. A l’origine il comportait des arcades au rez-de-chaussée, des fenêtres à meneaux à l’étage noble et une file de petites fenêtres à l’entresol.  Michel-Ange en a redessiné la façade en la scandant de pilastres colossaux réunissant les deux étages du bâtiment, de style corinthien, posés sur de hauts piédestaux. Le rez-de-chaussée est composé d’arcades à entablement droit, reposant sur des colonnes. A l’étage supérieur, une série de hautes fenêtres, encadrées par les pilastres et couronnées de frontons arqués. Seule la fenêtre centrale est plus large, couronnée d’un fronton triangulaire. Il accueille aujourd’hui une partie des richesses des musées capitolins [1].

La « Diseuse de Bonne aventure » a été peinte vers 1595. C’est le second tableau réalisé sur ce thème par Caravage. Le premier, aujourd’hui au musée du Louvre, faisait partie d’une commande de trois tableaux avec « La Fuite en Egypte » et la « Madeleine repentante » (Galerie Doria-Pamphili). C’est une scène profane, une scène dite « de genre » par opposition aux scènes historiques ou aux portraits, les scènes de genre étant notamment développées dans la peinture flamande. Deux personnages sont représentés à mi-corps. A droite, un jeune homme, bien mis, élégant, portant une épée soulignant ainsi sa classe sociale et son rapport au pouvoir, donne sa main à une bohémienne, située à gauche, afin qu’elle lui lise les lignes de la main. La bohémienne, jeune, bien habillée, tout en séduisant manifestement le jeune homme, en profite pour lui dérober subrepticement son anneau. Outre le sujet, non religieux, léger, il n’y a pas de fond identifiable, une porte, une fenêtre, un élément de décor, un paysage. Il n’y a pas non plus d’ombres fortement marquées contrairement aux autres œuvres du Caravage. La toile est « envahie par une luminosité printanière, délavée, venant de face » [2], claire, solaire, qui projette néanmoins une ombre légère sur ce qui pourrait être un mur uni. Sujet non religieux certes, mais néanmoins à résonnance morale puisque la leçon du tableau est d’éviter de se laisser séduire au risque de le regretter par la suite. Ce tableau pourrait judicieusement illustrer toutes les campagnes d’offres publicitaires de cadeaux, de promotions ou de crédits !

Les Musées capitolins possèdent aussi l'une des huit représentations de Saint-Jean-Baptiste que Le Caravage aurait réalisé tout au long de sa carrière. Le « Jeune Saint-Jean-Baptiste au bélier » a été peint vers 1602. Onze copies sont recensées, dont une que les spécialistes s'accordent à attribuer au Caravage lui-même, exposée à la galerie Doria-Pamphili. L’attitude de Jean-Baptiste est étrange, inhabituelle dans l’iconographie du saint. Il est en effet représenté en adolescent, à-demi allongé, le bras autour du cou d'un bélier et la tête tournée vers le spectateur, arborant un sourire malicieux. Jean-Baptiste est dépourvu de ses attributs habituels, la croix de roseau, le manteau en peau de mouton ou en poil de chameaux, et l’agneau. Il est représenté en pleine nature, sur un manteau rouge et l’agneau de Dieu, symbole de pureté, victime sacrificielle destinée à l'offrande pascale, est remplacé par un bélier ! La pose est inspirée d’une des figures de la chapelle Sixtine peint par Michel-Ange[3]. C’est un « ignudo » (un nu) extrait du groupe de la Sibylle d’Erythrée laquelle avait la singularité de livrer ses oracles en vers. Caravage remplace la pose d'athlète du nu de la Sixtine par celle d'un garçon des quartiers populaires de Rome dans une pose sensuelle, ambivalente, voire provoquante avec ce sourire narquois et ce regard effronté. Le modèle du Caravage est connu, un jeune garçon du nom de Cecco utilisé dans plusieurs de ses toiles, « Bacchus » (1596) ou la « Vocation de Saint-Matthieu » (1599). Le sujet religieux auquel on s’attend par suite du titre de l’œuvre est de fait détourné, il devient profane, éventuellement d’inspiration mythologique, voire orgiaque ! Curieux retournement qui laisse perplexe et même mal à l’aise.

Lors de la visite du palais des Conservateurs, n’omettez pas de vous rendre à la cafeteria du palais, au premier étage [4]. Elle donne sur une vaste terrasse qui vous offre une des plus belles vues sur Rome. Ouverte côté Tibre, vous pouvez admirer successivement, le mont Palatin, le Janicule, le théâtre de Marcello, la place de Venise et le moutonnement des dômes et coupoles de la ville. 


[1] Palais des Conservateurs – Tous les jours de 9h30 à 19h30.

[2] Gérard-Julien Salvy. « Le Caravage ». 2008.

[3] Pierre Curie, conservateur du musée Jacquemart-André. Exposition « Caravage à Rome. Amis et ennemis » – Paris 21/09/2018 – 29/01/2019

[4] Elle est également accessible sans prendre le billet d’entrée du musée par la via di Villa Gaffarelli.

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