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Notes d'Itinérances
30 juillet 2014

Sri Lanka, l'ïle dont on rêve (17/37). Monastère de Ritigala - Irrigation et conquête de terres.

Développement des colonies de peuplement - Lutte contre la forêt et les éléphants sauvages - Monastère de Ritigala

 

 

En traversant la région du centre, on passe dans de petits villages coquets, dotés de dispensaires et de bâtiments scolaires, bien propres, repeints de neuf, les salles de classe largement ouvertes sur l’extérieur par de grandes baies sans fenêtres… alors que cinquante ans plus tôt, André Petit notait, à propos des mêmes routes :

 

« Toujours à travers des jungles monotones, coupées de quelques colonies à demi abandonnées, nous avançons rapidement sur une bonne route. Nous ne voyons guère d’animaux que le bruit trop fréquent des voitures fait fuir ; seules des bandes de singes courent sur la chaussée où nous regardent gravement passer » [1].

 

C’est que depuis le gouvernement sri-lankais a développé les colonies de peuplement dans ces régions, construisant des barrages de retenue, des canaux de distribution d’eau, des écoles, des dispensaires, déplaçant les populations des zones de forte densité de population du Sud-ouest vers les nouvelles zones de colonisation de l’Est (projet « Mahaveli Ganga ») ou du centre, composées d’anciennes zones forestières, car la forêt couvre encore le tiers de l’île.

 

La démographie a fait le reste au dépend des animaux sauvages qui les habitaient : « les éléphants, les buffles, les panthères, les ours, les serpents et par mille autres seigneurs de moindre importance » [2]. Malgré une forte baisse, le taux de natalité est encore assez élevé (20/00). Bien que plus faible que la moyenne mondiale (26°/00), il entraîne un doublement de la population tous les 50 ans (20 ans dans les pays d’Afrique sub-saharienne). Même si le taux de fécondité a tendance à baisser (2.4 enfants par femme), la structure d’âge de la population du Sri Lanka est caractérisée par une forte dominante des jeunes : 35% de moins de 15 ans et 21 % de jeunes de 15 à 25 ans.

 

Cette politique de colonisation, avec le développement de nouveaux périmètres irrigués et l’adoption de variétés de riz à haut rendement, permet aujourd’hui au pays d’être autosuffisant en produits alimentaires notamment en riz qui constitue la base de l’alimentation. Mais cette colonisation ne doit pas toujours être facile. Outre qu’il est nécessaire de défricher et d’enlever les souches, il faut ensuite niveler les sols et construire les canaux d’irrigation qui permettront d’introduire la culture du riz qui assure de 2 à 3 récoltes par an. Ces zones, situées au Nord et à l’Est sont situées en limite de régions de peuplement tamoul.

 

La forêt, et surtout les animaux sauvages, ne l’entendent pas toujours de cette oreille. Sur la route du monastère de Ritigala, situé au centre d’une épaisse forêt, nous constatons que de nombreux carrés qui avaient été défrichés, nivelés et irrigués, sont aujourd’hui abandonnés, la forêt reprenant petit à petit sa place. C’est que les éléphants sauvages n’aimaient pas beaucoup que l’homme s’introduise sur son territoire, bien qu’appréciant les pousses de riz et faisant de larges ravages dans les cultures. Les paysans, lassés de se battre contre la végétation, les animaux sauvages, éloignés de toute ville, au bout d’une route hasardeuse sur laquelle les autocars ne pouvaient plus passer en saison des pluies, ont finalement abandonné.

 

Après avoir traversé cette forêt défrichée, mais en cours de reconstitution, nous profitons de la présence inopinée d’un paysan marchant sur ce chemin improbable pour lui demander la route du monastère. Il propose de nous y conduire en échange d’un transport jusqu’à la route goudronnée. Lui aussi fait une bonne affaire ! L’occasion de croiser un véhicule à cet endroit doit être assez rare et lui fera gagner deux ou trois heures de marche à pied.

 

Au bout d’un chemin forestier cahoteux, au milieu d’une forêt dense, nous finissons par trouver deux ou trois cabanes abritées sous des rochers. Quelques moines, dont de jeunes adolescents, vivent ici dans un certain dénuement, bien que l’électricité soit présente, notamment pour éclairer les statues et représentations de Bouddha.

 


[1] André Petit. « Ceylan, l’île dont on rêve ». 1955.

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