Rome, étrange et curieuse (13/53). Rione Campo Marzio III (4) – Sous vos pieds, les trésors d’Auguste - Piazza in Campo Marzio.
Un miracle au champ de mars - Mais aussi une légende extraordinaire
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Le Champ de Mars, vaste espace, plat, inondable situé dans la boucle du Tibre, après avoir servi de champ de manœuvre (d’où son nom) sous la République, fut utilisé par l’empereur Auguste pour y édifier des construction monumentales, le mausolée d’Auguste et l’horlogium Augusti dont l’obélisque servant de gnomon fut retrouvé, brisé, place du Parlement, mais aussi pour y construire le petit temple de l’Ara Pacis.
La piazza in Campo Marzio est formée de deux élargissements triangulaires de rues, mises bout à bout par leur sommet, composant un espace ouvert. Mais l’étrange et le fantastique gisent sous la piazza in Campo Marzio ! Autrefois, à cet emplacement aurait été édifié une statue d’Auguste avec, inscrit sur l’index droit, la phrase « Percute hic » (Frappe ici). L’index désignant le front de la statue, nombreux auraient été ceux qui auraient frappé la tête à l’endroit désigné, mais ce fut sans conséquences.
C’est le moine et savant Gerbert d’Aurillac, le futur pape Sylvestre II (999 / 1003) qui aurait trouvé la solution : frapper l’endroit marqué par l’ombre de l’index au sol, à midi. La nuit suivante il serait revenu, avec un fonctionnaire pour les uns, une servante pour les autres, et aurait frappé le sol à l’endroit qu’il avait repéré. La terre se serait ouverte et ils seraient entrés dans un palais d’or, rempli de richesses et de statues. Mais, au moment de ramasser l’or et les bijoux, les statues se seraient animées, les auraient menacés et ils auraient dû fuir sans rien pouvoir emporter. Le fabuleux trésor entraperçu serait celui qu’avait amassé Auguste [1] !
La légende est intéressante par le souvenir qu’elle manifeste des richesses de l’empire romain mais surtout par le rôle qu’elle fait jouer à Gerbert d’Aurillac. Le personnage n’était pas banal : philosophe (il introduisit la lecture d’Aristote), mathématicien, astronome, mécanicien (il construisit des horloges), musicien (il mit en évidence la division en tons et demi-tons), il contribua à l'introduction en Occident des chiffres arabes et de la numération décimale ! Au Moyen-Âge, la numération utilisée était celle créée par les Romains laquelle n’était pas des plus commodes pour faire des opérations de calcul[2] ! Gerbert d’Aurillac joua également un rôle politique de premier plan au niveau européen : entre autres, il a soutenu l’élection d’Hugues Capet comme roi des Francs lors de l’assemblée élective qui s’est tenue à Senlis en 987. Ce savant, qui dominait les connaissances de son temps, était nécessairement un peu suspect et on lui attribua facilement des savoirs occultes voire même, pour certains, d’avoir fait une alliance avec le diable.
L’église voisine, Santa Maria della Concezione in Campo Marzio (1758), a été fondée en 750 quand un groupe de sœurs fuyant la persécution iconoclaste[3] se serait réfugié à Rome en emportant de précieuses reliques dont une Madonna Advocata[4] qui aurait été peinte par saint Luc[5]. Le char transportant les reliques s’étant embourbé sur le Champ de Mars, les contemporains y virent une intervention divine et le pape attribua à la communauté une petite église voisine. Entre 1562 et 1564, une nouvelle église était construite, entièrement reprise en 1675. C’est une église à plan en croix grecque, couverte d’une coupole ovale posée sur un haut tambour et surmontée d’une lanterne. Depuis 1920, Santa Maria della Concezione in Campo Marzio est une église catholique orientale, de rite antiochien. La messe y serait dite en araméen, la langue du Christ, en arabe et en italien ! Inhabituel pour une église romaine, il n'y a pas de façade séparée entre église et couvent, l’entrée conduit à une cour qui ouvre sur l’église d’un côté et sur le couvent de l’autre (photo). Le couvent a longtemps été une annexe de la Chambre des députés pour y accueillir une bibliothèque.
[1] Stefano Del Lungo. « Topografia di Roma e de l'Italia antica - l'orologio di Augusto (regio ix) ». Bollettino telematico dell'arte. Istituto di Storia dell'Arte Medioevale e Moderna dell’Università di Roma La Sapienza. Sd.
[2] Pour les calculs, il était utilisé un tableau avec des colonnes représentant des puissances de 10 (abaque). Des jetons représentaient le nombre d’unités dans chaque colonne. Gerbert d’Aurillac aurait proposé de simplifier les manipulations en utilisant des jetons marqués de chiffres arabes.
[3] En 730, l’empereur Léon III de l’Empire romain d’Orient interdit l’usage des représentations du Christ, de la Vierge Marie et des saints, et ordonna leur destruction.
Marco Coppolaro. « Santa Maria in Campo Marzio, dalle origini orientali alla procura del patriarcato di Antiochia dei Siri ». 2015.
[4] Gallerie Nazionali Barberini Corsini. Exposée au palais Barberini, elle daterait du XIe siècle. Elle représente la sainte Vierge intercédant auprès du Christ en faveur du genre humain.
[5] Saint Luc est un artiste prolifique à qui on attribue une vingtaine de « Vierge à l’Enfant » : à Sainte-Marie-Majeure à Rome, mais aussi à Vladimir, Jérusalem, Tikhvine, Smolensk, Częstochowa…