Une place d'une conception nouvelle - Symétrique et scénographiée - Un pavement original

 

Rome Campitelli Place du Capitole

Redescendez maintenant l’escalier de Santa Maria in Aracoeli et remontez l’escalier du Capitole, la Cordonata, un escalier conçu par Michel-ange. Hé oui, il n’y a pas d’autre moyen de passer d’un des sommets du Capitole à l’autre !

C’est le pape Paul III qui confia en 1537 à Michel-Ange (1475 / 1564) le soin de reconstruire le cœur de la Rome politique après le sac de la ville dix ans plus tôt par les mercenaires à la solde de Charles Quint. Michel-Ange dessine les plans d’un ensemble architectural tout à fait nouveau : une longue rampe sur le flanc de la colline conduit à la place, située 40 mètres plus haut, de forme trapézoïdale, fermée sur les trois côtés par trois palais aux façades symétriques. La forme évasée de la place donne plus d’ampleur au palais qui la ferme, le palais des Sénateurs. Le Bernin saura se souvenir de la leçon du maître en donnant une configuration semblable à la colonnade de Saint-Pierre qui, après les deux ellipses de la place, s’ouvre en trapèze sur la façade de la basilique.

Enfin, Michel-Ange traite les façades des trois palais avec des pilastres qui embrassent les deux étages de l’édifice pour leur donner plus de solennité… innovation qui sera reprise par Palladio et les architectes de la Renaissance puis du baroque.

« Ce fut Paul III (Farnèse) qui, vers l’an 1540, fit élever les deux édifices latéraux qui me semblent sans caractère, quoique de Michel-Ange. Il fallait en un tel lieu deux façades de temples antiques. Rien ne pouvait être trop majestueux ou trop sévère, et Michel-Ange semblait créé exprès pour une telle mission. Paul III renouvela la façade du palais du sénateur de Rome, qui occupe la pente du mont Capitolin, vers le forum »[1].

Au centre de la place, Michel-Ange installe sur un socle, qu’il taille dans une corniche du forum de Trajan, la seule statue équestre romaine qui n’ait pas été détruite au prétexte qu’elle aurait représenté l’empereur Constantin qui prescrivit la tolérance religieuse des cultes, notamment du Christianisme. En réalité il s’agit de Marc Aurèle, mais bon, tout le monde peut se tromper !

Une statue équestre au centre d’une place, cela nous paraît aujourd’hui d’une grande banalité tant, en Europe, nos princes, rois et empereurs en ont abusé. Ainsi toute grande ville française devait s’honorer de posséder sa Place Royale, bien évidemment dominée en son centre par une statue équestre de Louis XIV.

Michel-Ange imagine également un pavement original dans un grand ovale qui occupe toute la place. Il dessine une figure géométrique sur la base de dodécagones positionnés sur sept cercles concentriques. L’ensemble, dont tout un chacun peut admirer une représentation dans la pièce italienne de cinquante centimes, dessine une fleur aux pétales ouverts avec, en son centre, une étoile rayonnant autour de la statue. Nul n'avait encore imaginé pareil ensemble urbanistique, tout à la fois fermé sur lui-même, mais également ouvert sur la ville par cette rampe majestueuse. Certes, la place Ducale de Vigevano, imaginée par Bramante et construite par le Duc Ludovico Il Moro en 1492, la précède dans le temps… mais la place n’a été fermée qu’en 1680. A l’origine elle était composée de deux bâtiments en équerre qui constituaient une sorte d’antichambre au château ducale.

De fait, à l’origine, la rampe de Michel-Ange était plus longue que l’actuelle. Elle a en effet été redimensionnée pour permettre le passage d’une grande avenue, la Via del Mare, actuelle Via del Teatro di Marcello, voulue par Mussolini à droite du monument du Vittoriano pour faire pendant à la voie de gauche conduisant aux forums et au Colisée laquelle devait lui permettre de voir le Colisée de la fenêtre de son bureau de la Piazza Venetia ! Soyons juste, si le régime fasciste fit raboter la rampe de Michel-Ange, il réalisa par contre, en 1940, le pavement de la place du Capitole imaginé par Michel-Ange quatre cent ans plus tôt !