Le quartier de Pigna et la vie del Pebiscito - La façade du palais Doria-Pamphili - La manifestation des "madonnelles"

 

Rome Pigna Corso VE II 1

La rue partant à gauche de la Place de Venise porte le nom curieux de « via del Plebiscito », rue du Plébiscite !

En 1870, le roi d'Italie Victor-Emmanuel II décide, suite au retrait des troupes françaises de Rome et à la défaite française de Sedan (2 septembre), de terminer l’unification de l’Italie en annexant les territoires pontificaux. Le 20 septembre, après cinq heures de bombardement, l'artillerie italienne opère une brèche dans la muraille de Rome près de la Porta Pia, brèche dans laquelle s’engouffrèrent fantassins et bersaglieri, à 10h00 du matin, mettant ainsi fin au pouvoir temporel des papes.

Cette annexion fut néanmoins validée par un plébiscite, le 2 octobre, aux résultats écrasants : 40 785 « oui », contre 46 « non » à Rome, et 133 681 « oui » contre 1 507 « non » pour l’ensemble des Etats pontificaux. Des scores que François Fillon aurait certainement aimé avoir contre Jean-François Copé à la suite du scrutin de l’UMP pour le choix de son président, en 2012, et qui n’auraient souffert aucune contestation.

Auparavant, cette rue était tout simplement dénommée la « Via del Gesù », parce qu’elle reliait la Piazza Venezia à la Piazza del Gesù. La première partie de la rue est dominée, à droite, par la façade du palais Doria Pamphili, lequel a aussi une façade sur le Corso et une autre sur la Piazza del Collegio romano et comprend pas moins de cinq cours intérieures ! La façade sur le Corso Victor Emanuele date de 1743. C’est un ensemble massif et imposant de quatre étages, en trois parties et dont la façade est animée par des portes cochères monumentales et des balcons aux formes très baroques.

Sur cette façade a été placée une imposante « madonnelle ». Une « madonnelle » est un petit oratoire, généralement placé en hauteur sur la façade d’un immeuble, qui peut être une plaque, une sculpture, une mosaïque, une statue ou une toile peinte et représentant le plus souvent une madone, d’où son nom, même s’il existe des madonnelles représentant le Christ ou un saint. Il y en aurait encore plus de 500 dans Rome même si nombre d’entre elles ont disparu. Elles sont souvent dans un renfoncement ou protégées par un petit auvent et sont parfois accompagnées d’une veilleuse. Ici, c’est une toile peinte, de forme ovale, représentant une madone, en buste, les mains jointes. Des draperies vaporeuses, en stuc, l’entourent ainsi que des rayons de lumière. Un ange porte le cadre alors que des putti s’élèvent au-dessus. Cette madonnelle aurait été commandée par les locataires du palais après en avoir demandé l’autorisation, le 12 Juillet 1796, au prince Andrea IV Doria Pamphili[1]. C’est que, le 9 du même mois, de nombreuses madonnelles auraient connu des manifestations miraculeuses : mouvements oculaires, voire même pour certaines, des pleurs ! Ces miracles ont été attribués à la grande préoccupation de la Sainte Vierge pour la ville-sainte et les Etats-pontificaux : les armées de la nouvelle République française écrasant les Autrichiens et occupant progressivement le Piémont et la Lombardie au cours de la campagne d’Italie !

Cette manifestation des madonnelles, en 1796, n’en est pas moins curieuse. En effet, je n’ai pas trouvé trace de faits similaires quand les troupes françaises occupèrent Rome en 1798 (à moins que le miracle de 1796 soit prémonitoire de l’occupation de 1798 ?), pas plus quand les Français investirent Rome en 1849 (mais il est vrai que c’était pour rétablir le pouvoir du pape contre les « révolutionnaires » mazziniens et garibaldiens : elles auraient donc dû sourire !), ni quand les troupes royales italiennes annexèrent Rome en 1870 ; rien non plus quand les Nazis occupèrent Rome en 1943 ou déportèrent les juifs du ghetto. Faut-il en conclure que, pour les madonnelles, l’ennemi c’est d’abord la Révolution française ?

Allons, ne soyons pas mesquins, elles sont adorables ces madonnelles. Elles continuent la tradition antique des autels élevés aux dieux Lares[2] mais sont aussi l’expression populaire du culte voué à Marie, mère du Christ, ce qui n’est pas sans faire penser à une résurgence moderne des cultes du paléolithique à la déesse-mère ! Permanences et changements…


[1] Voir le très beau site Roma Segreta

[2] Les Lares et les Pénates étaient les gardiens du foyer, esprits des ancêtres qui veillaient sur la destinée de la famille et sur la maison.

Liste des promenades dans Rome. et liste des articles sur le quartier de Pigna

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