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Notes d'Itinérances
7 janvier 2014

URSS 1988 (21/28). Un urbanisme à l’image du « socialisme » stalinien.

Des "buildings communistes saint-sulpiciens " ! - Des réalisations mégalomaniaques et ridicules

 

 

Moscou modernisé, Moscou éventré par de larges couloirs à courants d’air tracés tout droit, Moscou défoncé et couvert de buildings communistes saint-sulpiciens, avec tours massives, surplombées de clochers, de clochetons, de campaniles, de beffrois eux-mêmes dominés de flèches élancées se terminant toutes par une énorme étoile rouge. Les tours carrées sont reliées les unes aux autres par de longues barres rectangulaires agrémentées de colonnes, de pilastres, le tout surmonté d’une dentelle de pierre, de créneaux et de bas-reliefs où s’enchevêtrent gerbes de blé, faucilles, marteaux et étoiles. Ce sont ainsi sept énormes buildings qui rythment l’horizon de la ville de Moscou des années 30 à 50 :

 

- le ministère des Affaires étrangères (1951) non loin du centre ;
- les immeubles d’habitation de la place « Vostanija » à l’Ouest et de la « Leninskij Prospekt » au Sud-ouest ;
- les hôtels « Oukraïna » à l’Ouest, « Leningradskaïa » au Nord-est et « Kotelnitscheskaïa » à l’Est ;
- l’Université Lomonossov, enfin, au Sud-ouest (1953), le plus haut avec ses 235 mètres et ses 36 étages.

 

« Liova et Rina racontaient que l’hôtel Moskva était le plus grand chantier et le plus important de la capitale, qu’il dépendait directement du Soviet de Moscou, que les salaires étaient majorés et que la cantine était excellente. Il était prévu de relier le futur bâtiment au Grand Hôtel, ce qui en ferait l’un des plus grands hôtels d’Europe. Le bureau d’études comprenait les meilleurs architectes, artistes, ingénieurs et techniciens »[1].

 

A ce panorama de pâtisseries grandiloquentes, on peut encore ajouter quelques meringues mineures comme l’hôtel « Pékin », la gare fluviale « Volga », l’hôtel « Moskwa » pour 2.000 personnes et, enfin, ce plat de petits fours colorés et dégoulinants de crème des bâtiments de « l’Exposition des Succès de l’économie Nationale » créée dans les années 1930.

 

Et encore, les Moscovites peuvent-ils s’estimer heureux, cela aurait pu être pire !

 

La volonté de transformer Moscou en une capitale moderne sur le modèle des grandes métropoles occidentales, doublée d’un culte immodéré de la personnalité des dirigeants soviétiques, aurait pu aboutir à des constructions encore plus monstrueuses. Tel ce projet de Palais des Soviets de 1933 : une gigantesque tour de style néoclassique avec propylées, portiques, colonnades, statues et trophées, le tout surmonté d’une colossale statue de Lénine en costume trois pièces haranguant les masses laborieuses et désignant un avenir glorieux d’un geste ample du bras droit.

 

Lequel projet de Palais des Soviets avait déjà suscité d’autres propositions, peut-être un peu moins mégalomaniaques, en 1931 un gratte-ciel rectangulaire, avec des décrochements en spirale, nouvelle tour de Babel à la gloire du leader révolutionnaire toujours en bonne place à son sommet bien sûr.

 

Avec ces projets des années 30, l’architecture soviétique se situe à l’exact opposé de ce qu’elle était dans les années 20, en opposition au remarquable projet futuriste de monument à la troisième internationale de Vladimir Tatline (1919 / 1921) composé d’une spirale métallique légère, inclinée, s’enroulant dans l’espace autour de deux cylindres, ou encore les projets constructivistes pour l’Institut Lénine qui ne sont pas sans rappeler les projets du Bauhaus.

 

Mais le temps où « tout est permis », selon la formule de Vassily Kandinsky, s’est vite terminé. Il n’était plus temps d’oser, d’inventer un environnement bâti devant contribuer lui-même à la transformation de la société, « reconstruisant le mode de vie ». Il fallait au nouvel Etat soviétique, centralisé autour de son nouveau tzar, des réalisations plus grandiloquentes qu’imposantes, plus pompeuses qu’imaginatives, à la gloire de ses dirigeants éclairés, capables de fournir des palais avec marbre et colonnes à son bon peuple - qui n’en demandait pas tant - reproduisant ainsi des modes de vie anciens.

 


[1] Anatoli Rybakov. « Les enfants de l’Arbat ». 1987.

 

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