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Notes d'Itinérances
12 août 2014

Sri Lanka, l'ïle dont on rêve (30/37). Séquence « Emotion tendre » à Pinnawela.

Eléphants domestiques et orphelinat des éléphanteaux

 

 

Un des multiples intérêts de ce voyage était aussi de côtoyer des éléphants.

Chacun sait que les éléphants d’Asie, plus petits que les éléphants d’Afrique, sont domestiqués aux Indes et au Sri Lanka et qu’ils aident les hommes dans les tâches les plus difficiles. Très vite, on rencontre ces mastodontes qui apparaissent tranquilles et débonnaires, bien que toujours enchaînés : l’un marche au long de la route, l’autre se baigne dans une rivière, un autre encore charge des touristes dans sa nacelle pour une promenade en forêt.

 

Leur placidité apparente développe une vision plutôt bonasse de ces pachydermes qui semblent se prêter avec bonhomie aux jeux et activités des hommes, lever la trompe ou lever la jambe pour saluer, transporter des touristes ou des billes de bois. Ils ressemblent à une espèce de grosse peluche que l’on aimerait caresser et avec laquelle on souhaiterait jouer.

 

La visite de l’orphelinat des éléphants de Pinnawela renforce cette impression. Dans un vaste parc, se promène tranquillement un troupeau d’une cinquantaine de bêtes plutôt placides et qui se laissent approcher tranquillement. Il s’agit d’animaux nés en captivité ou recueillis suite à des mauvais traitements de leurs maîtres, voire blessés du fait de la guerre. L’un d’entre eux est même amputé d’une patte pour avoir marché sur une mine. A voir le très grand nombre de Sri lankais qui se pressent à la visite de l’orphelinat, on comprend vite que l’animal fait aussi partie de l’imaginaire culturel national.

 

La scène de l’alimentation au biberon des bébés éléphants est un grand moment d’étude morphologique et comportementale de ces animaux. Un bébé éléphant est quand même une très grosse bête, d’un mètre cinquante à deux mètres cinquante au garrot, et chacun doit déjà peser plusieurs centaines de kilos. Aussi, pendant l’allaitement au biberon, sont-ils enchaînés par une patte avant et une patte arrière. C’est que les « bébés » éléphants paraissent terriblement gourmands et impatients d’avoir leur biberon. Les mahouts, les gardiens des éléphants, amènent une pleine poubelle de lait de bufflonne dans laquelle ils remplissent des récipients d’un litre et auquel ils ajoutent une espèce d’entonnoir.

 

De fait, l’éléphant ne tête pas son biberon, mais son contenu est déversé dans sa gueule ouverte, la trompe relevée. La gueule de l’éléphant est curieusement assez petite et présente une lèvre inférieure en bec pointu, creusée d’une rigole pour aspirer les liquides. On ne distingue pas ses dents, mais une grosse langue rosâtre qui s’agite entre trompe et lèvre inférieure. Les deux mahouts s’agitent, galopent de l’un à l’autre, c’est une vraie course, chaque éléphant buvant son biberon aussi vite que les gardiens les remplissent. Et néanmoins, cela ne va encore pas assez vite pour ces bébés boudeurs qui grognent, barrissent, s'ébrouent pour toujours en réclamer davantage.

 

Après l’alimentation des petits, l’ensemble du troupeau se dirige vers la rivière pour le bain en traversant le village. Certains s’allongent dans l’eau, seule une oreille bouge de temps à autre et la trompe jaillit pour une grande prise d’air, d’autres s’aspergent abondamment, et tous se laissent brosser la couenne par leurs cornacs avec une satisfaction évidente.

 

C’est une scène idyllique, quasi mythique, de premier matin du monde, où dans un paradis naturel, hommes et animaux auraient vécu en intelligence.

 

Cette scène s’accompagne d’une observation cocasse. En effet, sur la rivière se mettent à flotter toute une série de boules verdâtres, de la taille d’un petit ballon de foot, qui descendent lentement le courant. Ce sont les fèces des éléphants dont ils se soulagent au moment du bain. Un éléphant adulte ingère environ 110 kilos de végétaux par jour et leurs déjections sont constituées de cellulose, qu’ils ne digèrent pas, et de restes de végétaux non totalement broyés et assimilés. Plus légères que l’eau, ces déjections flottent donc à la surface.

 

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