Trastevere et Lungaretta (15/20). Santa Maria in Trastevere.
La chapelle Altemps en mémoire d'un criminel - La chapelle baroque d'Avila
Selon la légende, une source d’huile serait apparue en 38 av. J.-C. à l’emplacement actuel de Santa Maria in Trastevere. Ce miracle aurait été interprété par la population juive du quartier comme un signe annonçant la naissance du Messie. Aussi rapide qu’internet mais en mode concret ! Le site fut donné aux Chrétiens par l'empereur Septime Sévère (145 / 211) après un différent pour la possession de la maison entre Chrétiens et patrons de la taverne qui l’occupaient, la Taverna Meritoria, laquelle accueillait les soldats à la retraite. Sévère aurait dit : « Je préfère qu'elle appartienne à ceux qui honorent leur Dieu, quel que soit leur forme de culte ». Œcuménisme avant l’heure ? Il semble que Septime Sévère n’ait pas favorisé les persécutions contre les Chrétiens contrairement à la réputation qui lui en a été faite.
Le premier bâtiment érigé pour être une église date de 340. Cet édifice, plusieurs fois remanié, est finalement détruit pour une nouvelle construction, en 1140, sur la base des anciennes fondations. La façade, précédée d’un portique de Carlo Fontana (1702), est décorée de mosaïques du XIIIe siècle (photo). Marie, entourée de dix femmes portant des lampes à huile, allaite l’enfant. Ce serait la plus ancienne représentation iconographique de la Vierge allaitant l'enfant-Jésus. A l’intérieur[1], l’église a conservé son plan basilical, agrémenté de nefs latérales et augmenté de chapelles rajoutées au fil des siècles. La voûte centrale, à caissons, décorée par le Dominicain, est portée par vingt-deux colonnes ioniques qui proviennent des ruines des thermes de Caracalla. Pourquoi se gêner quand tant de pièces antiques pouvaient être facilement réemployées ? Les mosaïques de l’abside datent du XIIe siècle. La mosaïque principale représente le Christ intronisé avec la Vierge à sa droite, flanqué de saints (saint Laurent à gauche, saint Pierre et saint Calepodius à droite) et de papes (Innocent II, tenant une maquette de l'église l'identifiant comme le constructeur, et Calixte, à gauche, Corneille et Julius à droite). La Main de Dieu émerge d'une couronne au-dessus de la tête du Christ.
A gauche du chœur, le cardinal Mark Sittich von Hohenems (italianisé en Marco Sittico Altemps) a commandé une chapelle pour honorer son fils naturel légitimé, Roberto, condamné à mort et décapité piazza Sant’Angelo, le 03/11/1586, pour adultère ; il aurait enlevé et violé une jeune servante, Giulia Ferianis. Dans le monument de marbre polychrome, le buste du jeune homme (vingt ans) est représenté avec une fraise et un visage d'enfant. Le monument est agrémenté d’une représentation de trophées dans la partie basse et de statues de Minerve et de la Victoire dans la partie haute rappelant les hauts faits guerriers de Marco Altemps, plus soldat que cardinal. La chapelle accueille une des plus vieilles icônes de Rome, car elle date du VIe siècle, la « Madonna della Clemenza ». Pour rappeler la clémence que n’accorda pas le pape Sixte V Peretti (1585 / 1590) qui avait décidé de faire un exemple pour mettre au pas la noblesse romaine ? Quatre jeunes nobles qui avaient participé à une procession papale en transportant des armes auraient également été arrêtés et mis à mort. Dans le cas de Roberto Altemps, Sixte V réglait peut-être aussi quelques affaires personnelles : Marco Siitico était un opposant notoire et Roberto était marié avec une Orsini, famille ennemie de celle du pape ! La seule personne qui est ignorée dans l’histoire, c’est la victime, la jeune fille qui a été enlevée et violée par Roberto Altemps !
Vous pouvez retrouver les « charmes » du baroque, et ses excès, dans la cinquième chapelle de gauche, la chapelle d'Avila (1686) aux stucs baroques d’Antonio Gherardi (1638 / 1702), avec cette double lanterne dans la coupole. Celle-ci est ouverte à son sommet par un large oculus ; quatre anges, s’appuyant sur les bases de la coupole, portent sur leurs bras et leurs têtes, un Tempietto à la manière de celui de Bramante, le tout à l’intérieur de la lanterne qui coiffe la coupole ! Autre jeu baroque, celui de la galerie perspective, située au-dessus de l’autel et entourant le tableau de Saint Jérôme peint en 1686. Sur le modèle de la galerie de Borromini au palais Spada, elle est constituée d’une série de colonnes de tailles de plus en plus réduites afin de créer un effet de profondeur.
A la droite du chœur, la chapelle de la Madonna di Strada Cupa (de la rue sombre), abrite l'image sacrée de la madone qui, selon la tradition, était peinte sur un mur au pied de l’église San Pietro à Montorio dans une rue faiblement éclairée et qui aurait accompli de nombreux miracles.
Modifié et complété 2026
[1] Ouverture de 7h00 à 21h00.