La rue Panisperna et les "garçons" de la rue - Le musée de la pathologie du livre - La via Urbana et l'église Santa Pudenziana

 

Rome Monti Via Panisperna 2

Les aménagements les plus importants du quartier n’advinrent que sous Sixte Quint Felice Peretti (1585 / 1590) qui fit tracer la rue Panisperna qui traverse tout le quartier, en diagonale, de Sainte-Marie-Majeure aux marchés de Trajan. Il fit également réaménager la Via dei Serpenti.

Le nom de la rue proviendrait d’une coutume des moines de l'église San Lorenzo qui, le jour de la fête du saint, le 10 août, distribuaient aux pauvres « panis » et « perna », à savoir le pain et le jambon. Un colloque plus savant sur l’origine des noms de rue à Rome, parle plutôt d’une déformation de « vicus spernens », ou « chemin de séparation », ou « route frontière ».

Dans le cadre du projet « Rome-capitale », si le haut de la colline (le Quirinal) était promis à devenir un centre administratif avec la construction de nombreux ministères (Défense, Agriculture, Finances et Intérieur), le rione Monti fut globalement ignoré des planificateurs et la zone devint comme un ilot urbain conservant ses caractères populaires et ses traditions.

Toutefois, la via Panisperna prit un aspect de centre éducatif et scientifique, sans modifier fondamentalement le quartier, avec la fondation, en 1876, de l'école professionnelle féminine « Margherita di Savoia » et son annexe l’école communale. En 1902, la rue comprenait les Instituts de Chimie, de Physique et de Botanique ainsi qu’une annexe de l’école de Pharmacie. La Via Panisperna connaîtra une renommée internationale avec les « Ragazzi di via Panisperna » (« Les garçons de la rue Panisperna »). On désigne ainsi un groupe de jeunes physiciens (Edoardo Amaldi, Oscar D'Agostino, Franco Rasetti, Emilio Segrè) qui, à l'Institut royal de physique de l'Université de Rome, alors situé rue Panisperna, a collaboré avec Enrico Fermi à la découverte, en 1934, des propriétés des neutrons lents (interaction avec les atomes d’uranium et de plutonium), découverte qui permit notamment la réalisation du premier réacteur nucléaire.

Au milieu de la rue Panisperna, il est possible de visiter un petit musée très original, via Milano, au n°76, celui de l'Institut de la pathologie du livre. Fondé en 1938, cet institut interdisciplinaire a été le premier de ce genre au monde. Il a pour mission de « soigner » les livres et écrits précieux endommagés par l’humidité, les incendies, les termites ou les rats, voire les hommes ! Le musée rend compte à la fois des différentes techniques de fabrication des livres, des principales détériorations qu’ils peuvent subir, mais aussi des méthodes et outils de restauration et de conservation des écrits.

Enfin, avant d’atteindre la via Cavour, dans la via Urbana, est située une des plus anciennes églises de Rome, Santa Pudenziana. La via Urbana reprend en partie le tracé du chemin antique de l’Argiletum qui partait des forums pour desservir le quartier de la Suburra puis en longeant la colline de l’Esquilin prenait le nom de « vicus patricius » pour rejoindre les thermes de Dioclétien. Sa dénomination actuelle est issue de la volonté d’Urbain VIII (1623 / 1648) à l’occasion du Jubilée de 1625. Certains prétendent que les fondations de Santa Pudenziana remonteraient au IIe siècle, étant établie dans la maison du sénateur Pudente, père de la jeune martyre honorée ici. En 384 fut construite une première église remaniée en 1588 par Francesco da Volterra. Le campanile date du XIIIe. La façade ne vous enchantera pas ; normal, elle est du XIXe ! Sainte Pudentienne (ou Pudence) et sa sœur jumelle Prassède étaient fille du sénateur Pudens, considéré comme le premier chrétien converti par Saint-Paul à Rome. Par leur foi, leurs actes de charité aux vivants mais aussi aux chrétiens décédés, elles auraient participé à convertir de nombreux romains. Reste une question pratique à résoudre : comment peut-on avoir été convertie par Saint-Paul[1] (mort à Rome en 60 / 67) et mourir vers 160 suite aux persécutions de l’empereur Marc Aurèle (121 / 180) ? Bon… A l’intérieur, sont à voir les mosaïques de l’abside qui datent de la fin du IVe siècle, restaurées au XVIe siècle, et qui comptent parmi les plus anciennes mosaïques chrétiennes de Rome. Prassède, sa sœur, est également honorée à Rome, non loin de Sainte-Marie-Majeure dans une remarquable petite église (Sainte-Prassède) comportant de magnifiques mosaïques.

Rome / Montpellier / Senlis, 2008 / 2018