De grandes prêtresses – Un châtiment terrible 

 

Rome Sallustiano Campus Sceleratus Henri-Pierre Danloux

Autrefois partiellement intégrée à l’enceinte Servienne (IVe siècle avant J.C) la zone fut ensuite étendue avec la nouvelle enceinte d’Aurélien et la création des Portes Salaria et Nomentana. Des vestiges de l’ancienne porte Collina ont été mis au jour en 1872 puis en 1996, à l'angle des actuelles Via XX settembre et Via Goito, sous le coin Nord-Est de l’énorme bâtiment du ministère du Trésor (rione Castro Pretorio). On sait que c’est près de cette porte, à l’intérieur de l’enceinte de la ville, que se trouvait le terrible « Campus Sceleratus », le lieu où les Romains enterraient vivantes les Vestales qui n’avaient pas respecté leur obligation de chasteté !

Nos souvenirs du lycée nous rappellent que les Vestales étaient les prêtresses de la déesse Vesta, la déesse vierge du foyer et, par extension, de la maison et de la famille. Seules prêtres femmes dans le système religieux romain, les vestales étaient chargées de maintenir le feu sacré dans le Temple de la déesse situé sur le Forum romain. Ce feu symbolisait le foyer public de la cité romaine vue comme une grande famille.

Les Vestales étaient sélectionnées parmi les petites filles des familles patriciennes âgées de six à dix ans. Elles devaient alors s’engager à servir la déesse pendant trente ans, les dix premières années en tant que novices, les dix suivantes en tant qu’officiantes, et enfin au cours des dix dernières années en tant que superviseurs. Les Vestales étaient astreintes à la chasteté pendant les trente années de leur service à la déesse. Après, elles pouvaient quitter le temple et se marier. C’était un grand honneur d’avoir une fille vestale mais aussi de se marier à une ancienne Vestale.

Comme prêtresses d’une déesse révérée des Romains, elles bénéficiaient d’un statut social particulier leur accordant des droits dont ne bénéficiaient pas les femmes dans la société romaine : elles n'étaient pas soumises à la tutelle de leur père, pouvaient gérer leurs propres propriétés, rédiger un testament. Ce statut social s’accompagnait de privilèges : des places d’honneur aux spectacles, se déplacer librement dans la ville en litière ou voiture. Leur personne était inviolable et sacrée et leur sang ne pouvait être versé. Si un condamné à mort en route pour son  exécution rencontrait une Vestale, il était gracié[1].

Pour celles qui ne respectaient pas l’obligation de chasteté, le châtiment était terrible, la mort par enterrement vivant car nul ne pouvait verser le sang d’une Vestale, et la flagellation à mort pour l’amant.

 Après avoir été fouettée de verges, la Vestale était habillée comme une défunte et transportée dans une litière fermée selon l'usage lors des funérailles jusqu'au campus sceleratus situé dans l'enceinte de la cité, près de la porte Colline. La coupable était descendue dans une petite pièce sans ouverture avec une lampe et une petite provision de nourriture, du pain, de l'eau, du lait et un peu d'huile[2].

Le fait que l’exécution de la Vestale fautive ait lieu à l'intérieur de la muraille de la cité est révélateur du caractère particulier des Vestales puisque la mort était bannie de cette enceinte sacrée : les exécutions capitales s’effectuaient à l’extérieur du mur d’enceinte et les cimetières étaient aux portes de la ville, le long des voies. Des vestiges du Campus Sceleratus auraient été découverts dès 1871 en creusant les fondations du ministère du Trésor.

« Nos petits chevaux noirs et malins nous ont conduits bien vite à l’angle de la rue de Macao. Là on enterrait les pauvres vestales coupables ; c’était encore des âmes passionnées comme Sainte-Thérèse. (…) Frédéric a ouvert un volume de Tite-Live si plaisamment traduit par Dureau, et nous a lu le récit du supplice de deux vestales, l’an 536 de Rome. Nous avons répété les noms d’Opimia et de Flaronia, plus de deux mille années après la mort cruelle qu’elles souffrirent en ce lieu »[3].


[1] Plutarque. « Vies parallèles des hommes illustres - Numa, X, 8 »

[2] Idem.