Un palais de la première Renaissance - Une citadelle bien protégée

 

Rome Parione Palais de la Chancellerie 1

Un dernier regard et une dernière pensée pour ce pauvre Giordano Bruno avant d’aller jeter un œil sur ce palais de la Chancellerie qu’il défie avec entêtement depuis plus d’un siècle.

C’est son architecture qui est intéressante. Il est en effet, à Rome, un des rares exemples de palais de la première Renaissance. C’est le cardinal Riario qui en aurait passé la commande. On raconte qu’il aurait pu débuter les travaux grâce aux 70 000 ducats gagnés aux dés à Franceschetto Cybo, fils du pape Innocent VIII… ce qui n’apparaît pas parfaitement moral, mais bon !

Il a été commencé en 1483 et entièrement achevé en 1511. Quelques références d’architecture de la même époque pour faire comparaison : la place Ducale de Vigevano, imaginée par Bramante, est construite en 1492 ; à Florence, le palais Rucellai est de 1455 et le palais Strozzi de 1489 ; à Rome le palais Farnèse est de 1513 et l’aile de Bramante du palais du Vatican de 1514 ; enfin, côté français, le château d’Azay-le-Rideau est de 1518, celui de Chambord de 1519.

L'architecte du palais n'en est pas connu avec certitude, on évoque les noms d'Andrea Bregno et de Bramante, mais il pourrait être de Bacchio Pontelli (1450 / 1492). La façade principale montre une disposition inspirée du palais Rucellai de Florence : une façade traitée selon une rigoureuse symétrie marquant le retour à l’inspiration antique. Elle est rythmée à la fois par les trois niveaux, séparés par des entablements, mais aussi par la séparation verticale introduite par les pilastres. Toutefois, en regard du palais Rucellai, le rez-de-chaussée, ne présente pas de pilastres et, dans les étages, deux pilastres séparent chaque fenêtre. Le rapport des espaces entre les pilastres est celui du nombre d'or. Les fenêtres en plein cintre s'encadrent dans des rectangles à fronton. La proportion des fenêtres et de leurs frontons est également régie par le nombre d’or par rapport à l'encadrement des pilastres. Le bossage lisse du rez-de-chaussée, les entablements moins marqués, les fins pilastres des étages, donnent à l’ensemble est aspect plus léger, plus lisse et moins massif qu’au palais Rucellai.

Le portail principal est de Domenico Fontana. La cour intérieure serait de Bramante, inspirée de l’architecture florentine avec deux séries d’arcades superposées, d’ordre toscan, mais le dernier étage est clos et agrémenté de pilastres. Il serait copié du Colisée, et inaugurerait une tradition typiquement romaine.

Pour construire le palais, il fut fait largement appel aux carrières locales de marbre, à savoir le Colisée et le théâtre voisin de Pompée ! Pourquoi aller chercher loin des éléments de décor que l’on a sous la main ?

Comme les palais florentins, le palais de la Chancellerie reste une citadelle, peu ouverte sur l’extérieur, difficile d’accès, bien protégée. C’est que les rues de Rome, comme celles de Florence, n’étaient pas encore très sûres à l’époque. Ce n’est que vers le milieu du seiciento (1650) que la police papale assurera, à peu près, la sécurité dans la ville. Néanmoins, des boutiques sont louées au rez-de-chaussée car il fallait pouvoir amortir l’investissement. Elles le sont toujours… ce qui permet aujourd’hui encore d’avoir des boutiques de prêt-à-porter de luxe dans cette enclave de la diplomatie vaticane !

« Le palais de la Chancellerie est triste, tant au-dehors qu’au-dedans, les appartements m’ont paru sombres. L’intérieur de la cour est orné d’une belle colonnade antique et de belles statues »[1].

Le cardinal Riaro fut la victime d’une des plus célèbres escroqueries en matière de vente d’œuvres d’art. Michel-Ange, « LE » Michel-Ange ( !), avait sculpté une statue représentant Cupidon endormi qu’il aurait patiné de manière à faire croire qu’elle était ancienne pour la vendre à ce grand amateur d’antiques.