« Le jeune Bacchus malade » - « Garçon à la corbeille de fruits » - « La Madone des palefreniers » - « Saint Jérôme » - « Saint-Jean-Baptiste » - «David tenant la tête de Goliath »

 

Rome Pinciano Galerie Borghèse David et la tête de Goliath

Un conseil si vous souhaitez visiter les collections de la Villa Borghèse : prenez vos billets à l’avance, par internet, et retenez un créneau horaire pas trop fréquenté. Cela vous évitera une longue queue bien fastidieuse, ou même de devoir faire demi-tour.

C’est à la Villa Borghèse qu’il est possible d’admirer le plus grand nombre de Caravage : « Le jeune Bacchus malade », « Garçon à la corbeille de fruits », « La Madone des palefreniers », « Saint Jérôme », « Saint-Jean-Baptiste », et l’extraordinaire « David tenant la tête de Goliath ».

Tout a été dit de la vie aventureuse du Caravage : son intérêt pour les éphèbes, son amour pour une prostituée, son caractère violent et bagarreur, ses beuveries, ses duels et pour finir l’assassinat de son adversaire dans une partie de jeu de paume ; puis la fuite, la traque dont il fut l’objet de la part du Vatican, la mort enfin, sur une plage de Porto Ercole à une journée de cheval de Rome.

Les œuvres de Caravage, même ses tableautins maniéristes, sont marquées par la violence et la mort. Certaines de ses œuvres sont particulièrement brutales et sanguinaires : Judith tranchant de son glaive la tête d’Holopherne (Palais Barberini), la décollation de Saint-Jean-Baptiste (cathédrale Saint-Jean à Malte), le sacrifice d’Isaac (Les Offices à Florence)… car l’artiste ne fait grâce de rien, il souligne la peur, la cruauté, la souffrance, le sang qui gicle des plaies.

Dans ses œuvres exposées à la galerie Borghèse, il souligne aussi la maladie, le jeune Bacchus malade est d’un jaune cadavérique ; la vieillesse, la Sainte-Anne de la Madone des palefreniers est une personne âgée, ridée, bien loin des canons habituels de sa représentation, Saint Jérôme est un très vieil homme, usé… Même dans « Le garçon à la corbeille de fruits », la déchéance n’est pas loin, dans la corbeille elle-même, par la représentation très réaliste des fruits avec des tâches de tavelure, des feuilles de vigne jaunies, des figues éclatées.

Ce Caravage n’était vraiment pas très fréquentable se moquant bien de la bienséance. Ses modèles de saintes ou de Marie, mère de Jésus, il va les chercher parmi les prostituées ! Sa « Madone des palefreniers » ressemble étonnamment à une courtisane avec qui il était très lié. Ses jeunes garçons sont des éphèbes très ambivalents.

Comme quelques commanditaires finissaient par refuser certaines des œuvres en raison de détails qui les choquaient, le cardinal Scipion Borghèse en profitait pour augmenter sa collection à peu de frais (« La Madone des palefreniers »). A défaut, Scipion Borghèse usait aussi de pressions pas très catholiques… Ayant appris que le Cavalier d’Arpin possédait des armes interdites, il aurait initié une descente de police chez celui-ci et monnayé la mansuétude du Pape contre deux petits tableaux qu’il convoitait dans la collection du Cavalier, « Le jeune homme à la corbeille de fruits » et le « Bacchus ». Voilà pourquoi vous pouvez admirer ces œuvres à la Galerie Borghèse !

Dernière œuvre saisissante de la Galerie, « David tenant la tête de Goliath ». Outre le traitement sombre et macabre de la scène, avec cette tête aux yeux ouverts comme si elle était encore vivante, dégoulinante d’un sang visqueux et sombre, le tableau est d’autant plus poignant que ce Goliath est un autoportrait ! Comme si Le Caravage offrait sa tête au Pape pour pouvoir obtenir l’autorisation de retourner à Rome. Et c’est bien de cela qu’il s’agit car sur l’épée de David, qui consacre la victoire du bien sur le mal, est portée l’inscription « H.AS O S », initiales de la devise « humilitas occidit superbiam ».

Par cette œuvre envoyée au Cardinal Scipion Borghèse, neveu du Pape, Le Caravage implore sa clémence auprès d’un Pape si puissant qu’il aurait pu la montrer sans déchoir.