Une zone de jardins luxueux aux temps des Romains puis de la papauté

 

Rome Sallustiano Villa de Salluste

Sous l’Empire romain, les jardins de Salluste occupaient une vaste zone au Nord de Rome, entre les collines du Pincio et du Quirinal, dans les rioni actuels de Ludovisi et Sallustiano.

Salluste (86 avant J.C / 34 avant J.C) était un militaire et un sénateur de la République romaine, ami de César. Pas nécessairement très heureux sur les champs de bataille, il est élu préteur en – 47 et accompagne César en Afrique où, du fait de ses talents d’administrateur, il se voit confier le gouvernement de la nouvelle province romaine de Numidie en – 46 / - 45. Après l'assassinat de César, en mars - 44, Salluste, comprend que sa carrière politique se termine, préfère se retirer de la vie publique et profiter de la fortune acquise frauduleusement, notamment au cours de son gouvernement provincial en Afrique. Il est surtout connu comme historien avec le récit de la conjuration de Catilina et de la guerre contre le roi numide Jugurtha.

Militaire, Salluste affirme le principe que « la paix est l’intervalle de temps entre deux guerres » ! Définition dont l’esprit se retrouve encore dans le Grand Larousse : « Etat d’un pays qui n’est pas en guerre » ! Autrement dit, on ne sait pas définir la paix autrement que par la négation d’un état que l’on sait, lui, définir et qui apparaît normal : la guerre ! C’est très inquiétant et révélateur.

Revenons à Salluste… Les jardins de Salluste ont la réputation d’avoir été parmi les plus grands et les plus riches du monde romain, comparables à ceux de la Villa de Lucullus sur la colline du Pincio. Ils échurent ensuite aux empereurs Auguste, Vespasien, Nerva, Hadrien, Aurélien et passèrent dans le domaine impérial sous Tibère.

Au centre de la piazza Sallustio, à une profondeur de 14 mètres, on peut voir les vestiges de la villa du domaine, refaites en grande partie sous Hadrien et restaurées par Aurélien. Elle a été ensuite endommagée lors de l'invasion des Wisigoths d'Alaric et le sac de Rome en 410. Le pavillon de la villa, achevé sous le règne d'Hadrien, était comparé pour sa beauté au Canope de la villa Adriana à Tivoli. Il demeure des éléments d’une pièce circulaire dotée d’une coupole, d’un vestibule et de chambres avec des traces de peintures et des pavements de mosaïque noire et blanche.

Sur un ensemble de vignobles, au Nord de Rome, le cardinal Ludovico Ludovisi fait construire, dans les années 1620, une villa dont les plans de construction sont dessinés par le Dominiquin. Les jardins de la villa occupaient en grande partie les anciens jardins de Salluste. C’est dans ce jardin, qu’au cours du XVIIe siècle furent retrouvés un ensemble de sculptures remarquables qui permirent à la famille Ludovisi de se créer une collection d’antique avec Le Gaulois mourant ou Le Gaulois et sa femme, une copie romaine d'une œuvre hellénistique, mais aussi l’obélisque placé ensuite à la Trinité-des-Monts en 1789.

La propriété de la villa passe ensuite à la famille Boncompagni-Ludovisi qui, en 1872, la loue au roi Victor Emmanuel II comme résidence pour sa maîtresse. Face à de graves difficultés financières les Boncompagni-Ludovisi vendent en 1883 la villa et les 4/5 de leur terrain à une société immobilière qui crée de grandes avenues, dont la via Veneto, et lotit les terrains. La Villa Ludovisi est entièrement détruite, seul est conservé le « Casino dell'Aurora  » (Rione Ludovisi, via Aurora) nommé ainsi d'après la fresque du Guerchin qui décore l'édifice. La villa est également décorée d’une fresque du Caravage, la seule connue de cet artiste, représentant Neptune et Pluton, ainsi que d’une chambre dite « des paysages » qui aurait servi de concours entre quatre peintres pour la fresque de l’Aurore, Le Guerchin, Bril, Viola et le Dominicain, avec une décoration au centre du plafond d’une danse de putti.

« Ce matin, nous avons revu la villa Ludovisi ; nous sommes plus charmés que jamais des fresques du Guerchin ; c’est une passion subite qui, chez une de nos amies, va jusqu’à l’exaltation. C’est un peu ce qu’en amour on appelle le coup de foudre »[1].

L'Etat italien a acquis une grande partie de la collection d’antiques des Ludovisi lesquels sont présentés aujourd’hui dans les salles du palais Altemps.